L'Etat et l'Eglise de Suède ont une responsabilité morale dans les injustices passées commises à l'encontre de la minorité de Tornédalie, une région frontalière de la Finlande, et doivent s'excuser, a estimé mercredi une commission indépendante.
La politique d'assimilation menée par la Suède aux XIXe et XXe siècles "a porté préjudice à la minorité et rend encore (aujourd'hui) difficile la protection de sa langue, de sa culture et de ses industries traditionnelles", a estimé la commission Vérité et Réconciliation pour les Tornédaliens qui a eu pour mission d'examiner, entre autres, les violations perpétrées à l'encontre de cette minorité.
"Une réparation est nécessaire pour aller de l'avant", écrit la Commission dans une tribune publiée par le quotidien Dagens Nyheter. Une première étape consisterait à "reconnaître les violations historiques qui ont été révélées aujourd'hui".
Ces révélations, fruit d'un travail débuté en juin 2020, ont été rassemblées dans un rapport remis mercredi au gouvernement.
La Tornédalie est une région située dans le nord-est de la Suède, frontalière de la Finlande. Les Tornédaliens sont des Suédois parlant le meänkieli, une langue finno-ougrienne très proche du finnois. Ils sont autour de 50.000 dans le pays scandinave.
Depuis la fin du XIXe siècle, les enfants issus de cette minorité se sont vu interdire l'utilisation de leur langue maternelle à l'école et ont été contraints à utiliser le suédois. L'interdiction est restée en vigueur jusque dans les années 1960.
Cette discrimination a continué au début du XXe siècle, quand quelque 5.500 enfants tornédaliens ont été envoyés dans des internats de l'Église luthérienne "dans un esprit nationaliste", où leur langue et leurs vêtements traditionnels étaient interdits, écrit encore la commission.
Les punitions et violences étaient fréquentes dans les écoles, et ces enfants étaient stigmatisés jusque dans les villages.
"Leur langue et leur culture ont été bafouées (...) et (leur) estime de soi et leur désir de transmettre la langue à la génération suivante ont été affectés négativement", selon les conclusions du rapport.
Historiquement, la minorité a vécu d'agriculture, de chasse, de pêche et d'élevage de rennes.
La Commission propose plusieurs mesures, comme d'intégrer le meänkieli dans l'audiovisuel public et dans les écoles, mais aussi que l'Etat lance "immédiatement un processus" officiel d'excuses publiques.
Une autre commission enquête actuellement, en Suède, sur les politiques discriminatoires infligées au peuple autochtone des Samis. Ce rapport sera rendu public en 2025.
