Moscou espère que l'adhésion de l'Arménie à la CPI n'affectera pas les relations bilatérales

Le Kremlin a dit jeudi espérer que l'adhésion de l'Arménie à la Cour pénale internationale (CPI), qui a émis un mandat d'arrêt contre Vladimir Poutine, n'affectera pas les relations bilatérales avec cet allié traditionnel qui prend déjà ses distances.

"Il est important pour nous que de telles décisions n'affectent pas négativement de jure et de facto nos relations bilatérales, que nous chérissons et que nous voulons développer davantage", a déclaré à la presse le porte-parole du président russe Vladimir Poutine, Dmitri Peskov.

Mercredi, l'Arménie est formellement devenue Etat partie de la Cour pénale internationale. Elle avait signé le traité de Rome en 1999, mais ne l'avait pas ratifié.

La CPI a émis en mars 2023 un mandat d'arrêt international visant Vladimir Poutine pour la "déportation illégale" d'enfants ukrainiens en Russie depuis deux ans, ce que les autorités russes nient. Dans les faits, Erevan est donc désormais tenu d'arrêter le président russe s'il met le pied sur son territoire.

En octobre, Dmitri Peskov avait qualifié de "mauvaise" la décision de l'Arménie de rejoindre la Cour.

Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a assuré que la décision n'était pas dirigée contre la Russie.

Mercredi, le représentant arménien pour les affaires juridiques, Eghiche Kirakosian, a précisé à l'AFP que l'adhésion à la CPI "concerne avant tout l'Azerbaïdjan", son voisin avec qui l'Arménie est en conflit notamment autour la région du Haut-Karabakh.

En septembre 2023, l'armée azerbaïdjanaise, à la faveur d'une offensive éclair, a pris entièrement le contrôle de cette enclave montagneuse qui était dirigée par des séparatistes arméniens depuis des décennies, poussant à la fuite des dizaines de milliers d'habitants.

Depuis, Erevan dit redouter un assaut de Bakou dans d'autres régions limitrophes, ce dont l'Azerbaïdjan nie avoir l'intention.

- "Plus nos alliés" -

La décision arménienne de rejoindre la CPI illustre aussi le fossé qui est en train de se creuser entre Moscou et Erevan, l'Arménie reprochant à la Russie son inaction au moment de l'offensive azerbaïdjanaise au Haut-Karabakh.

Elle a notamment pris ses distances avec l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), alliance diplomatico-militaire de pays de l'ex-URSS dominée par Moscou. Une décision qui a froissé la Russie.

"La sécurité de l'Arménie (...) est impossible sans coopération avec l'OTSC", a estimé le responsable de ces questions au sein de la diplomatie russe, Viktor Vassiliev, cité jeudi par l'agence Ria Novosti.

La désapprobation de Moscou concernant l'adhésion d'Erevan à la CPI était mal reçue par des habitants interrogés jeudi par l'AFP.

"Les Russes feraient mieux de se taire, leur rhétorique est cynique au vu de leur comportement vis-à-vis de l'Arménie", dénonce Manouch Sargsian, 56 ans, qui travaille dans le secteur de la finance.

"Nos relations avec la Russie ont déjà été gâchées", estime pour sa part Hohar Badalian, un directeur de 44 ans. "Nous sommes frustrés" par Moscou, lance-t-il. "Ils ne sont plus nos alliés".

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