Kosovo: les dinars se raréfient, les files s'allongent devant les banques

Les files d'attentes sont longues devant les banques du nord du Kosovo mercredi, jour de paye pour une partie des Serbes qui y vivent mais y sont payés par la Serbie en dinars - monnaie que Pristina entend interdire.

Devant les banques de Mitrovica, ville divisée du nord du Kosovo où vit une importante communauté serbe, les clients font la queue - et ne peuvent retirer que 5.000 ou 10.000 dinars serbes à la fois (43 ou 86 euros).

"J'irai demain à Raska (en Serbie, ndlr) pour retirer mon salaire là-bas", explique à l'AFP Milica Ivanovic, 25 ans, employée d'une administration serbe du nord du Kosovo. "Je peux me le permettre. D'autres n'ont pas cette chance".

Une large partie des Serbes du Kosovo reçoit salaires, retraites ou aides de Belgrade en dinars - et souvent en liquide. Un financement qui "peut continuer", a assuré le Premier ministre kosovar début février, mais les sommes devront être reçues en euros, la monnaie officielle du Kosovo.

"Le dinar sera probablement aboli, parce que c'est ce que veut le gouvernement. Que nous reste-t-il...." se demande mercredi un retraité, n'acceptant d'évoquer la question que sous couvert d'anonymat.

La peur des derniers jours a été alimentée par les rumeurs selon lesquelles les banques seraient bientôt à court de dinars - deux véhicules chargés d'apporter des dinars en liquide ayant été interdit d'entrée au Kosovo depuis le début du mois.

"Je ne crois pas qu'il existe une seule famille serbe au Kosovo qui ne soit pas touchée par cette décision" d'interdire le dinar, explique Aleksandar Rapajic, qui travaille pour l'Association Advocacy Centre for Democratic Culture à Mitrovica.

"Le seul effet de cette décision, c'est de rendre la vie impossible pour la communauté serbe. Et de rendre quasi impossible l'envoi d'argent depuis la Serbie", ajoute-t-il.

- Délai allongé -

La décision a aussi relancé les tensions entre la Serbie, qui n'a jamais reconnu l'indépendance du Kosovo, et Pristina.

Le président serbe, Aleksandar Vucic, et le Premier ministre du Kosovo, ont pris le Conseil de sécurité de l'ONU à témoin de leur dispute le 9 février.

La Serbie y a accusé le Kosovo de "crime contre l'humanité" pour vouloir interdire les transactions en dinars serbes, et Albin Kurti a rétorqué en affirmant que Belgrade ne devait pas permettre sans fin le "financement de criminels et de terroristes au Kosovo avec des flux d'argent non déclarés et non régulés".

Le Kosovo a cependant décidé, poussé par une partie de ses alliés occidentaux, de rallonger la période de transition avant l'interdiction totale des transactions en dinars. D'un mois à l'origine, elle est passée à trois.

Après une guerre sanglante, puis la déclaration d'indépendance du Kosovo, Pristina et Belgrade ont fini par s'engager, en 2011 dans un dialogue sous l'égide de l'Union européenne, qui vise à normaliser leurs relations.

Mais, en plus de dix ans, les tensions ont été plus nombreuses que les avancées - même si des accords ont été trouvés, comme sur les plaques d'immatriculation ou les échanges commerciaux. En septembre, elles ont atteint un niveau rarement vu lorsqu'un commando paramilitaire serbe lourdement armé a tué un policier kosovar, puis s'est retranché dans un monastère dans le village de Banjska.

Début février, dans l'épicerie de ce village à quelques kilomètres de la frontière avec la Serbie, on pouvait encore payer en dinars. Le patron rendait la monnaie en euros.

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