Crise du dinar : le Kosovo ferme des banques serbes dans le nord

La police kosovare a fermé lundi les six agences de la banque postale serbe du nord du Kosovo, en vertu d'un décret interdisant depuis février les transactions commerciales en dinars serbe.

Belgrade, qui consacre des millions d'euros de son budget à verser des aides aux Serbes du Kosovo, a immédiatement fustigé cette décision, accusant Pristina de les "terroriser".

Les six succursales de la Banque d'épargne postale agréée en Serbie, situées dans les quatre municipalités à majorité serbe, ont été fermées car elles opéraient "illégalement", a expliqué la police dans un communiqué, en ajoutant que "cette action s'est déroulée jusqu'à présent sans aucun problème, ni incident" et que son but "est d'établir l'ordre et la légalité".

La police, qui a également retiré du fronton des banques les plaques mentionnant le "Ministère serbe des Finances", a précisé agir sur ordre du bureau du procureur.

Des membres de la KFOR, la force de l'OTAN au Kosovo, et de la mission européenne Eulex, étaient sur place dans la partie nord de Mitrovica pour observer la situation, a noté une correspondante de l'AFP.

Le ministre serbe de l'Intérieur, Ivica Dacic, a immédiatement réagi en accusant le Premier ministre kosovar, Albin Kurti, de "terroriser" les Serbes du Kosovo.

"Kurti ne vaut même pas la peine d'être mentionné, mais si la communauté internationale ne reprend pas ses esprits, tout cela mènera à de nouveaux conflits dans les Balkans, aux conséquences imprévisibles", a-t-il dit dans un communiqué.

- "Financement illicite" -

Depuis février et l'interdiction des transactions en dinars serbes par la Banque centrale du Kosovo, les réunions se sont multipliées pour tenter de trouver un terrain d'entente entre Pristina et Belgrade, qui n'a jamais accepté l'indépendance du Kosovo et continue d'y financer un système d'institutions dites "parallèles", comme des hôpitaux et des écoles.

La Serbie verse ainsi des aides à des milliers d'employés de ces institutions, ainsi que des bourses pour les étudiants, des retraites pour les retraités etc... Le tout en dinars, et souvent en liquide.

Un système auquel le Kosovo a voulu mettre fin en arguant qu'il était impossible de retracer l'origine de ces fonds.

Depuis le 1e février, les transactions commerciales en dinars, jusqu'alors tolérées dans les zones où la population est majoritairement serbe, sont donc interdites. Seul l'euro, la monnaie officielle, est autorisé.

Certaines banques du nord du Kosovo continuaient à délivrer des dinars - par petites sommes, mais de nombreux habitants, étudiants, employés ou retraités qui bénéficient des aides de Belgrade doivent désormais traverser la frontière pour les toucher.

Pristina a expliqué qu'il ne s'agissait pas d'interdire à la Serbie de verser des salaires aux Serbes du Kosovo, mais que Belgrade devait le faire en euros. Pour le Premier ministre, Albin Kurti, il s'agit de combattre "le financement illicite, le blanchiment... des choses qui ont eu lieu dans le passé".

Belgrade, qui consacre environ 120 millions d'euros de son budget au Kosovo, et s'assure ainsi la fidélité des Serbes du Kosovo, n'a de son côté eu de cesse de dénoncer un "crime contre l'humanité".

La fermeture des banques est "un nouvel acte de sauvagerie qui menace directement la survie du peuple serbe au Kosovo", a encore réagi lundi le Premier ministre, Milos Vucevic.

Sept rencontres ont eu lieu depuis février entre les négociateurs serbe et kosovar pour tenter de trouver un compromis, sans succès, chaque camp faisant porter la responsabilité de l'échec sur l'autre.

Ni la Serbie ni le Kosovo ne sont prêts à trouver un accord, a ainsi regretté l'UE mi-mai à l'issue de la dernière réunion infructueuse entre négociateurs.

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