Soudan: au moins 15 morts dans une frappe des paramilitaires au Darfour

Au moins 15 civils, selon une source médicale, ont été tués jeudi dans un bombardement des paramilitaires sur un camp de déplacés au Darfour, dans l'ouest du Soudan, où les combats font rage à proximité de la ville d'El-Facher toujours aux mains de l'armée.

Les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), qui contrôlent la plus grande partie du Darfour et assiègent la ville, ont annoncé jeudi avoir pris le contrôle d'Um Kadadah, une ville située sur la route menant à El-Facher, distante d'environ 180 kilomètres.

Les FSR, en guerre contre l'armée depuis le 15 avril 2023, assiègent depuis mai 2024 El-Facher, une ville d'environ deux millions d'habitants et capitale de l'Etat du Darfour-Nord, qui est la seule capitale provinciale de cette région encore tenue par l'armée.

Le camp d'Abou Chouk, l'un des trois grands camps de déplacés proches d'Al-Facher, "a été bombardé par les FSR avec des canons de 120 mm et 82 mm", qui ont atteint l'intérieur du camp et un marché, "faisant plus de 15 morts et 25 blessés", a déclaré dans un communiqué un groupe de bénévoles.

Une source médicale a confirmé à l'AFP le bilan de 15 morts.

Mercredi, les FSR avaient bombardé El-Facher, faisant au moins 12 morts et 17 blessés parmi les civils, selon l'armée.

La guerre pour le contrôle du pouvoir a éclaté il y a deux ans entre l'armée, commandée par le général Abdel Fattah al-Burhane, dirigeant de facto du pays depuis un coup d'Etat en 2021, et son ancien adjoint, le général Mohamed Hamdane Daglo, à la tête des FSR.

Le conflit, qui a fait des dizaines de milliers de morts, déraciné plus de 12 millions d'habitants et provoqué une catastrophe humanitaire, a également déchiré le pays.

L'armée contrôle à présent le nord et l'est du Soudan, tandis que les FSR dominent une partie du sud et la quasi-totalité de la vaste région du Darfour, frontalière du Tchad.

- El-Facher, enjeu stratégique -

Les combats à El-Facher se sont intensifiés ces derniers mois, alors que les FSR tentent de consolider leur emprise sur le Darfour.

Dernière position importante de l'armée dans la région, El-Facher revêt désormais un enjeu stratégique: si les FSR s'en emparent, elles contrôleront l'ensemble du Darfour, ce qui les placera en position de force.

Jusqu'à présent, les troupes du général Burhane et les milices alliées ont réussi à repousser les attaques de leurs rivaux sur El-Facher, mais les paramilitaires ont bombardé à plusieurs reprises les camps de déplacés.

Abou Chouk, Zamzam et Al-Salam, les trois grands camps en périphérie d'El-Facher, sont en proie à la famine, un fléau qui devrait s'étendre à cinq autres zones du Darfour-Nord, y compris la capitale, selon une évaluation soutenue par l'ONU.

L'ONU estime qu'environ deux millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire extrême au Soudan et que 320.000 sont frappées par la famine.

Le Comité International de la Croix-Rouge a également averti jeudi que les deux tiers des Soudanais vivant dans les zones de guerre étaient à présent privés de soins médicaux en raison de la mise hors service de la majorité des établissements de santé.

L'armée comme les paramilitaires sont accusés d'avoir perpétré des crimes de guerre.

Jeudi, Amnesty international a déploré dans un rapport les souffrances infligées aux civils, notamment le recours généralisé aux violences sexuelles par les FSR, rapportant des cas d'esclaves sexuelles.

Lors d'une audience à la Cour internationale de justice, le Soudan a accusé les Emirats arabes unis d'être "le moteur" de ce que Khartoum qualifie de "génocide" au Darfour, à travers un soutien présumé aux paramilitaires, ce que les Emirats réfutent.

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