Les paramilitaires soudanais ont attaqué vendredi un camp de déplacés au Darfour dans l'ouest du Soudan, faisant 25 morts, selon un comité local de résistance, près de la ville d'El-Facher, dernière capitale régionale tenue par l'armée dans la région et enjeu de combats qui s'intensifient.
L'attaque, menée au matin par les Forces de soutien rapide (FSR), s'est accompagnée de bombardements et de tirs intenses qui ont "visé le camp de déplacés de Zamzam depuis le sud et l'est", a précisé dans un communiqué le comité local.
Ce groupe pro-démocratie coordonne l'aide au Soudan depuis la guerre pour le contrôle du pouvoir que se livrent deux généraux à la tête de l'armée et des paramilitaires depuis le 15 avril 2023.
A Genève, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Volker Türk a dit vendredi redouter des conséquences catastrophiques pour la population alors que le conflit va entrer dans sa troisième année.
"Deux ans d'un conflit brutal et absurde doivent servir d'avertissement aux parties pour qu'elles déposent les armes et que la communauté internationale agisse", a-t-il dit. "Le Soudan ne doit pas continuer sur cette voie destructrice".
Vendredi, ce sont 25 civils, dont des femmes et des enfants, qui ont été tués dans le camp de Zamzam, selon le comité local de résistance.
Des témoins ont décrit des scènes de véhicules de combat des paramilitaires s'infiltrant dans le camp couverts par des tirs nourris.
Les attaquants, qui ont aussi fait des blessés, ont essuyé des tirs de riposte selon le comité mais l'étendue exacte des dégâts reste incertaine du fait d'une interruption des communications et de coupures d'internet.
L'attaque intervient au lendemain d'un bombardement des paramilitaires sur le camp d'Abou Chouk qui a tué au moins 15 civils et fait 25 blessés, selon des secouristes.
Les paramilitaires redoublent d'effort pour achever la conquête du Darfour depuis qu'ils ont perdu le contrôle de la capitale Khartoum en mars.
- Famine -
Les camps densément peuplés des environs d'El-Facher, comme Zamzam, souffrent énormément depuis le début de la guerre opposant l'armée, commandée par le général Abdel Fattah al-Burhane, dirigeant de facto du pays depuis un coup d'Etat en 2021, et son ancien adjoint, le général Mohamed Hamdane Daglo, à la tête des FSR.
Zamzam est avec Abou Chouk et Al-Salam, l'un des trois grands camps en périphérie d'El-Facher.
Ils sont en proie à la famine, un fléau qui devrait s'étendre à cinq autres zones du Darfour-Nord, y compris la capitale, selon une évaluation soutenue par l'ONU.
Troisième plus grand pays d'Afrique en superficie, le Soudan est divisé.
L'armée tient de larges pans de territoire dans l'Est et le Nord, et le paramilitaires contrôlent la plupart du Darfour dans l'ouest et certaines parties du Sud.
Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts, déraciné plus de 12 millions d'habitants et provoqué la pire crise humanitaire récente, selon l'ONU et l'Union africaine.
L'armée comme les paramilitaires sont accusés d'avoir perpétré des crimes de guerre.
L'ONU estime qu'environ deux millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire extrême au Soudan et que 320.000 sont frappées par la famine.
Le Comité International de la Croix-Rouge a également averti jeudi que les deux tiers des Soudanais vivant dans les zones de guerre étaient à présent privés de soins médicaux en raison de la mise hors service de la majorité des établissements de santé.
Jeudi, Amnesty international a déploré dans un rapport les souffrances infligées aux civils, notamment le recours généralisé aux violences sexuelles par les FSR, rapportant des cas d'esclaves sexuelles.
Lors d'une audience à la Cour internationale de justice, le Soudan a accusé les Emirats arabes unis d'être "le moteur" de ce que Khartoum qualifie de "génocide" au Darfour, à travers un soutien présumé aux paramilitaires, ce que les Emirats réfutent.
