Serbie : 25 ans après la chute de Milosevic, retour à la case manifestation ?

Le 5 octobre 2000, des centaines de milliers de Serbes mettaient fin au règne de Slobodan Milosevic. Un quart de siècle plus tard, les rues de Belgrade sont à nouveau le théâtre de grands rassemblements, organisés par une nouvelle génération de manifestants qui n'était pas née en l'an 2000.

Retour sur un quart de siècle d'histoire et de manifestations.

- La route vers le 5 octobre 2000 -

A partir de 1996, l'opposition au régime de Slobodan Milosevic, à la tête de la Serbie depuis 1989, s'accentue. Manifestations contre la fraude électorale, contestation étudiante..., ce pays est secoué par plusieurs mouvements de protestation.

En septembre 2000, une élection présidentielle anticipée est organisée - Milosevic vient de modifier la loi pour pouvoir briguer un second mandat et est sûr de sa victoire. Mais c'est le candidat de l'opposition, Vojislav Kostunica, qui remporte le scrutin.

Milosevic refuse de reconnaître sa défaite et s'accroche au pouvoir. De nouvelles manifestations éclatent, des grèves aussi. Fin septembre, la plus grosse mine de charbon de Serbie cesse le travail.

- Jour J -

Le 5 octobre à l'aube, des centaines de milliers de personnes descendent dans les rues de Belgrade, des embouteillages monstres congestionnent les entrées de la capitale, des agriculteurs la rejoignent en tracteur...

La foule converge vers le Parlement et parvient, défiant coups de matraque et gaz lacrymogène, à l'atteindre. Après 15h00, les premiers manifestants y entrent et mettent le feu. Un peu plus loin, juchés sur un bulldozer, d'autres font irruption dans les bureaux de la RTS, la télévision d'État, farouchement partisane de Milosevic, et y déclenchent aussi un incendie.

Au fil des heures, la police bascule du côté des contestataires, signant la chute du régime. La manifestation se transforme en célébration de la fin du pouvoir de Milosevic. Il démissionnera le lendemain, le 6 octobre.

- Et après ? -

Kostunica devient président le 7 octobre. En décembre 2000, les Serbes votent à l'occasion du premier scrutin libre de leur histoire et portent à la tête du gouvernement Zoran Djindjic, une figure de proue de l'opposition.

Six mois plus tard, Slobodan Milosevic est extradé vers la Haye, où il doit être jugé par le Tribunal international pour l'ex-Yougoslavie pour crimes de guerre pendant les guerres en Bosnie, en Croatie et au Kosovo. Il mourra d'une crise cardiaque dans sa cellule près de cinq ans plus tard, sans avoir été condamné.

En Serbie, l'économie se stabilise, des médias libres voient le jour, les universités redécouvrent l'autonomie... Mais, en 2003, Djindjic, considéré comme celui qui a permis l'extradition de Milosevic, est assassiné par des membres d'une unité spéciale de la police liée au crime organisé et aux services secrets.

En 2008, le Parti socialiste (SPS), la formation de Milosevic, revient au pouvoir dans le cadre d'un gouvernement de coalition. Le SPS n'a jamais cessé d'être au gouvernement depuis.

En 2012, l'actuel président, Aleksandar Vucic, un ancien ministre de la Communication de Milosevic, devient ministre de la Défense - et restera au gouvernement jusqu'à son élection à la présidence, en 2017.

- 2025 -

La Serbie a été secouée par plusieurs grands mouvements de contestation depuis les années 2010 - contre l'exploitation du lithium par le groupe Rio Tinto, contre les armes à feu... Et, depuis novembre 2024, pour l'état de droit et des élections, après l'effondrement meurtrier d'une avancée en béton de la gare de Novi Sad imputé à la corruption.

Confronté à des manifestions presque quotidiennes, certaines rassemblant des centaines de milliers de personnes, Aleksandar Vucic et ses ministres reprennent les éléments de langage utilisés par le pouvoir il y a 25 ans, accusant l'opposition de fomenter un coup d'Etat avec l'aide d'"agents étrangers".

A plusieurs reprises, l'actuel chef de l'Etat a insisté sur le fait qu'une destitution populaire, comme celle du 5 octobre 2000, ne se reproduirait "plus jamais".

Les étudiants quant à eux se tiennent éloignés des références historiques - beaucoup n'étaient pas nés en 2000 - et n'ont pas appelé à manifester dimanche.

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