Bonaventure M., frère de Pascal Simbikangwa, premier Rwandais à être définitivement condamné en France pour sa participation au génocide dans le pays, a fait l'objet en mai d'un non-lieu après avoir été soupçonné des mêmes faits, a appris l'AFP de source proche du dossier mercredi.
Cet homme de 59 ans faisait l'objet d'une enquête depuis début 2014, confiée à des juges en septembre 2016, pour génocide, crimes contre l'humanité et complicité de ces crimes.
Selon l'ordonnance de non-lieu rendue le 21 mai par une juge d'instruction du pôle crimes contre l'humanité du tribunal judiciaire de Paris, l'enquête a été ouverte après des déclarations suspectes de Bonaventure M. lors de son audition comme témoin, à la demande des avocats de son frère jugé par la cour d'assises de Paris en mars 2014.
Pascal Simbikangwa sera au final condamné fin 2016 à 25 ans de réclusion pour génocide et complicité de crimes contre l'humanité, peine devenue définitive en mai 2018.
Son frère était suspecté notamment d'avoir "appartenu au bataillon +para-commando+, unité militaire impliquée dans la commission de nombreux crimes durant le génocide", d'avoir "dirigé des opérations militaires dites +de ratissage+ visant à débusquer des réfugiés tutsis cachés dans la forêt de Gishwati en mai 1994 et ayant conduit à l'exécution de plusieurs dizaines d'entre eux". Ou encore d'avoir "participé à des réunions après l'attentat contre l'avion présidentiel visant à organiser des exactions contre la communauté tutsi".
Dans le cadre des investigations, des dizaines de témoins ont été entendus, et Bonaventure M. a été placé en garde à vue en septembre 2016.
Mais celui qui a nié toute implication dans le génocide n'a jamais été mis en examen et a fait l'objet de ce non-lieu final, conforme aux réquisitions du Parquet national antiterroriste (Pnat), compétent en matière de crimes contre l'humanité.
La magistrate instructrice estime que "les témoignages à charge se sont révélés insuffisants dans les précisions apportées et, sur de nombreux points, contredits par d'autres témoignages".
Elle évacue aussi d'autre déclarations à charge, qui sont d'après elle des "propos rapportés" plutôt que des "témoignages directs".
L'information judiciaire n'a globalement pas "pu établir" d'intention génocidaire pour Bonaventure M.
"Malgré les pressions de Kigali et de leurs officines ici, c'est évidemment un non-lieu qui devait intervenir et ce n'est que justice" se sont félicités Mes Fabrice Epstein et Benjamin Chouai, avocats de Bonaventure M.
