La fermeture de l'Hélicoïde, un joyau architectural de Caracas transformé en prison pour détenus politiques, marque la fin d'une ère de tortures pratiquées par le régime du Venezuela.
"Liberté, liberté, liberté !" ont scandé vendredi des proches de prisonniers politiques rassemblés à l'extérieur de ce centre de détention en apprenant que la présidente par intérim Delcy Rodríguez avait ordonné de le transformer en centre culturel et sportif.
Cette annonce intervient après une amnistie proclamée sur fond de pressions exercées par les États-Unis après la capture de Nicolás Maduro lors d'une opération militaire le 3 janvier.
Le Venezuela compte un peu plus de 700 prisonniers politiques, selon l'ONG spécialisée Foro Penal, dont des dizaines détenus à l'Hélicoïde.
La construction de cet édifice couronné d'une immense coupole avait commencé sous la dictature de Marcos Pérez Jiménez (1951-1958) pour y abriter un luxueux centre commercial, mais il n'a jamais été inauguré.
Après des décennies d'abandon, la police politique (Disip) s'y est installée en 1986, et il a été occupé jusqu'à aujourd'hui par la Police nationale et le redouté service de renseignement Sebin.
- "Synonyme de grande tristesse" -
"Tous les Vénézuéliens savent ce que signifie le mot Hélicoïde, synonyme de grande tristesse, de nombreuses tortures", résume Raidelis Chourio, 39 ans, dont le frère est détenu depuis 2025 dans une autre prison. "C'est un soulagement qu'ils ferment ce centre".
Víctor Navarro, directeur de l'ONG "Voix de la mémoire", a conçu une visite virtuelle de la prison qu'il a présentée dans une vingtaine de pays et même au président de la Cour pénale internationale (CPI), Piotr Hofmanski.
Il y a recueilli des témoignages de détenus. "J'ai été témoin puis à mon tour victime de torture. Ils m'ont mis un pistolet dans la bouche, chargé (...) ils me frappaient ", avait raconté M. Navarro à l'AFP en 2023.
M. Navarro a été emprisonné cinq mois en 2018 à l'Hélicoïde, qu'il a qualifié de "plus grand centre de torture non seulement du Venezuela, mais de toute l'Amérique latine".
Il a été libéré lors de négociations politiques incluant la libération de prisonniers politiques, utilisés comme monnaie d'échange par le pouvoir.
- "Centre de mémoire" -
La CPI enquête sur de possibles crimes contre l'humanité commis au Venezuela sous le gouvernement de Maduro.
L'ONU a également dénoncé "des détentions arbitraires, des violations des garanties du droit à une procédure régulière" ainsi que des cas de "torture et de disparitions forcées".
Les autorités ont toujours nié ces accusations et ont contesté l'enquête, estimant qu'elle "instrumentalise" la justice internationale comme arme politique.
Nicolas Maduro est allé jusqu'à dire que l'Hélicoïde était une "référence morale".
"Au Venezuela, on a torturé et on torture", a expliqué à l'AFP Marino Alvarado, célèbre défenseur des droits humains.
Il évoque "l'utilisation de courant sur diverses parties du corps" dans l'enceinte de l'Hélicoïde, mais également "l'asphyxie avec des sacs plastiques", ainsi que des pratiques consistant à "plonger la tête dans l'eau et suspendre les personnes par les bras pour les frapper avec des battes".
Pour lui, ce bâtiment devrait avant tout "être un centre de mémoire". "Ceux qui dirigent le pays ne le feront pas, car ce serait exposer toute l'horreur dont ils sont responsables", estime-t-il.
Pour l'heure, les proches se contentent d'espérer que l'on ouvre les cellules et que l'horreur prenne fin.
