Au moins 17 civils dont 4 enfants ont été tués par un drone opéré "apparemment" par l'armée nigérienne le 6 janvier dans l'ouest du pays, près du Burkina Faso, selon l'ONG Human Rights Watch, qui dénonce une nouvelle fois les violences touchant les civils.
En septembre, des frappes aériennes de l'armée qui visaient des jihadistes avaient fait des dizaines de victimes civiles dans l'ouest, selon des sources locales.
Le Niger est dirigé depuis juillet 2023 par une junte militaire qui peine à lutter contre les violences jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda, et de l'Etat islamique au Sahel (EIS). Ce dernier a revendiqué fin janvier une attaque inédite contre l'aéroport de Niamey.
"Une frappe apparemment exécutée par un drone militaire nigérien a tué au moins 17 civils, dont quatre enfants, et en a blessé au moins 13 autres sur un marché bondé à l'ouest du Niger le 6 janvier 2026", a indiqué HRW lundi dans un communiqué, ajoutant que la frappe "a également tué trois combattants islamistes".
"L'attaque a eu lieu dans le village de Kokoloko, dans la région de Tillabéri, à environ 120 kilomètres à l'ouest de Niamey, la capitale, et à moins de trois kilomètres de la frontière avec le Burkina Faso", a précisé l'ONG.
La région de Tillabéri, située dans la zone dite des "trois frontières", aux confins du Niger, du Mali et du Burkina Faso, est un repaire de groupes jihadistes, qui sévissent dans ces trois pays.
Selon HRW, "des témoins ont déclaré qu'entre 10H00 et 13H00 le 6 janvier, ils ont vu un drone survoler Kokoloko à deux reprises, puis larguer une munition sur le village vers 13H30, alors que des centaines de personnes étaient présentes au marché".
Les personnes tuées sont "11 femmes âgées de 29 à 50 ans, 2 hommes âgés de 32 et 55 ans et 4 enfants âgés de 5 à 10 ans", détaille HRW, qui dit s'appuyer sur les propos de témoins, d'ONG et de journalistes locaux.
Elle estime que la frappe "a violé le droit de la guerre, qui interdit les attaques indiscriminées, et pourrait constituer un crime de guerre". Elle demande aux autorités une "enquête transparente et impartiale".
- "Risques pour les civils" -
La junte militaire n'a pas communiqué sur cette frappe et n'a pas répondu aux sollicitations de HRW, selon l'ONG.
Des témoins affirment que "des combattants de l'EIS ont aidé les habitants à récupérer les corps, qui ont été enterrés dans le cimetière du village", rapporte HRW.
Par ailleurs, "la quasi-totalité des 1.200 habitants de Kokoloko ont fui vers des villages voisins ou ont franchi la frontière vers le Mali", a-t-elle écrit.
L'ONG ajoute que des "/images satellites à haute résolution du 20 janvier montrent des zones brûlées dans différents endroits du village le long de la route principale".
"Les combats dans la région occidentale de Tillabéri et dans d'autres zones frontalières avec le Mali et le Burkina Faso se sont intensifiés, augmentant les risques pour les civils", avait-elle rappelé dans son rapport mondial 2026 publié en janvier.
Fin septembre, "des dizaines de victimes civiles" avaient été découvertes après des frappes aériennes de l'armée nigérienne dans l'ouest du pays, selon des sources locales. La télévision d'Etat, la RTN, avait fait état de "victimes et de blessés", dans donner de bilan.
En janvier 2024, plusieurs civils avaient été tués dans des frappes aériennes de l'armée visant des colonnes de jihadistes qui venaient d'attaquer une position militaire à Tyawa, près de la frontière avec le Burkina Faso, avait reconnu l'Etat major de l'armée nigérienne.

