Pérou: présidentielle dimanche sur fond d'insécurité et de crises politiques

Après une succession de présidences éphémères, les Péruviens élisent dimanche leur président parmi un record de 35 candidats, sur fond d'instabilité politique chronique et de montée de la criminalité.

Face à ce scrutin inédit, les électeurs du pays andin de 34 millions d'habitants, où le vote est obligatoire, témoignent de leur confusion.

"On est inquiets du contexte politique. Il y a beaucoup de nouveaux visages", confie à l'AFP Carmen Zuñiga, 50 ans, responsable de cantines populaires à Lima.

Comme pour de nombreux électeurs, cette inquiétude s'accompagne d'une forte préoccupation concernant l'insécurité, liée à l'arrivée de groupes criminels transnationaux concurrençant les gangs locaux impliqués dans le racket et les assassinats commandités.

Les homicides ont plus que doublé entre 2018 et 2025, passant de 1.000 par an à 2.600, tandis que les plaintes pour extorsion ont été multipliées par plus de huit à 26.500, selon la police.

"La crise actuelle est le résultat d'années de mauvaise gestion et de corruption", estime l'expert en sécurité Ricardo Valdès, jugeant que "la plupart des programmes électoraux n'offrent pas de solutions réelles" à court terme.

Avec huit présidents en une décennie, dont la moitié destitués, les fonctions politiques souffrent d'un discrédit sans précédent, sur fond de scandales de corruption à répétition.

"Avec tant de corruption, les Péruviens ont perdu confiance. Désormais, n'importe qui peut se présenter", déplore Jane Layza, une enseignante de 51 ans de la capitale.

Pour la sociologue Patricia Zarate, de l'Institut d'études péruviennes, les électeurs "associent la politique non seulement à la corruption, mais aussi au crime organisé".

Malgré ce contexte, l'économie péruvienne reste stable, portée par une inflation parmi les plus basses d'Amérique latine (1,5%) et des exportations minières dynamiques.

Si aucun candidat ne s'impose clairement à l'approche du scrutin, Keiko Fujimori, candidate pour la quatrième fois, fait figure de favorite avec 15% d'intentions de vote, selon le dernier sondage Ipsos.

L'humoriste Carlos Alvarez (8%) et l'ancien maire de Lima Rafael Lopez Aliaga (7%) se disputent la seconde place.

- "Electorat fragmenté" -

Les discours sécuritaires portent les trois candidats de droite, qui proposent à l'unisson de retirer le Pérou de la juridiction de la Cour interaméricaine des droits de l'Homme, accusée de protéger les criminels.

La fille du défunt président Alberto Fujimori (1990-2000), condamné pour corruption et crimes contre l'humanité, veut aussi rétablir les "juges sans visage", des magistrats anonymes utilisés sous le régime de son père, une pratique controversée qui avait conduit à la révision de centaines de condamnations faute de garanties d'un procès équitable.

Rafael Lopez Aliaga promet d'envoyer les criminels dans des colonies pénitentiaires au coeur de la jungle, tandis que Carlos Alvarez veut la "peine de mort" pour les tueurs à gages.

Si le second tour devait opposer deux candidats de droite, le Pérou rejoindrait la vague conservatrice en Amérique latine.

Derrière, l'ancien maire centriste de Lima Ricardo Belmont (6%), 80 ans, devance les candidats de gauche Roberto Sanchez (5%), Alfonso Lopez Chau (5%) et Jorge Nieto (4%), qui espèrent créer la surprise, comme Pedro Castillo en 2021, septième à une semaine du premier tour.

Dans une course très fragmentée, les écarts restent faibles avec le trio de tête, laissant ouverte la possibilité d'une surprise.

Selon Ipsos, 16% des électeurs restaient indécis et 11% envisageaient un vote blanc, nul ou pour aucun candidat à une semaine du scrutin.

"Un électorat fragmenté, sans fidélité partisane" choisira son prochain président "avec peu d'informations", résume le politologue Eduardo Dargent.

L'actuel président de gauche par intérim, au pouvoir depuis février, José Maria Balcazar, 83 ans, est empêché de se présenter.

Plus de 27,3 millions de Péruviens sont appelés aux urnes. Si aucun candidat n'obtient plus de 50% des voix dimanche, un second tour aura lieu en juin.

Les Péruviens éliront également dimanche leurs représentants au Parlement, dans le cadre du rétablissement d'un système bicaméral pour la première fois depuis les années 1990.

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