"Aucune comparaison" entre la France et la Russie en Afrique, dit le chef de la diplomatie française à l'AFP

Le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot a relativisé vendredi l'influence croissante de Moscou en Afrique, jugeant la contribution russe au développement du continent sans "aucune comparaison" avec celle de la France et des Européens, lors d'une rare visite au Togo.

Ce petit pays côtier d'Afrique de l'Ouest, ancienne colonie française et rare allié de Paris dans une région où la France a subi des revers diplomatiques et militaires, se rapproche progressivement de la Russie.

Il s'agit de la première visite officielle française de si haut niveau depuis dix ans au Togo, et le dernier déplacement d'un ministre français des Affaires étrangères dans ce pays remonte à 2002. Une "anomalie", avait estimé Jean-Noël Barrot jeudi soir devant la presse.

"Il n'y a aucune comparaison entre la contribution de la France et de l'Union européenne au développement du continent et celle de la Russie", a-t-il déclaré vendredi à l'AFP à Lomé, lors du deuxième et dernier jour de sa visite.

Au moment où Paris tente de changer de stratégie en Afrique, il a vanté les liens entre la France et le continent "en matière d'investissement, d'échanges commerciaux, de soutien à l'Union africaine" ou au vu des "étudiants des pays africains qui sont accueillis dans nos universités".

M. Barrot a également relevé les liens "extrêmement denses" entre Paris et Lomé, assurant que le président Emmanuel Macron et le dirigeant togolais Faure Gnassingbé étaient en "contact régulier".

Par ailleurs, "la détérioration de la situation sur le plan sécuritaire au Sahel, la poussée du terrorisme, est une préoccupation que nous avons en commun avec les pays de la région", a soutenu M. Barrot.

Il avait évoqué cet enjeu plus tôt dans la journée à la presse, à l'issue d'un entretien avec son homologue Robert Dussey. Jeudi soir, il avait échangé avec Faure Gnassingbé.

Les violences des groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l'Etat islamique minent le Sahel depuis une décennie et s'étendent dans le nord des pays côtiers comme au Togo. Et cela quelques années après le retrait de l'armée française longtemps engagée dans la lutte antijihadiste au Sahel, exigé par les régimes militaires du Burkina, du Mali et du Niger. Lomé leur tend d'ailleurs la main.

Les relations entre Lomé et Paris s'étaient toutefois refroidies en juin 2025, lorsque le Togo avait suspendu pour trois mois la diffusion de France 24 et Radio France internationale, accusés d'avoir relayé des "propos inexacts et tendancieux" concernant des manifestations contre le pouvoir dans la capitale togolaise. Les deux médias ne peuvent toujours pas émettre.

"J'ai plaidé pour que cette suspension soit levée au plus vite. C'est dans l'intérêt de toutes les parties", a insisté Jean-Noël Barrot auprès de l'AFP.

- "Avenir commun" -

Le ministre a salué lors de sa visite le rôle médiateur du Togo dans plusieurs crises que traverse le continent: la rupture des juntes sahéliennes réunies au sein de la confédération de l'Alliance des Etats du Sahel (AES) avec le reste de la région et les conflits qui ravagent la République démocratique du Congo (RDC).

Un grand sommet de la France sur le continent africain, Africa Forward, aura lieu en mai à Nairobi.

De son côté, Moscou a officiellement invité Faure Gnassingbé à son sommet Russie - Afrique prévu en octobre.

Le chef de la diplomatie française a également justifié l'abstention de la France lors du vote d'une résolution de l'ONU fin mars, qui a proclamé la traite des esclaves africains comme crime plus grave contre l'humanité.

"Nous refusons de créer une hiérarchie entre les crimes contre l'humanité, de mettre en compétition les souffrances que ces abominations et ces crimes continuent de provoquer aujourd'hui", a-t-il expliqué.

Mais "il est indispensable, si nous voulons construire un avenir en commun, de pouvoir faire ce travail de mémoire et de vérité sur notre passé, dans ses facettes positives comme dans ses facettes les plus sombres", a-t-il dit.

La résolution, portée par le Ghana, avait été adoptée par 123 voix pour, 3 contre (Etats-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions (dont le Royaume-Uni et les Etats membres de l'Union européenne).

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