Héritière de l'extrême droite française, Marine Le Pen, qui fait face mardi à une décision judiciaire cruciale pour son avenir, a porté son parti au centre du jeu politique, s'efforçant d'en "dédiaboliser" l'image sans toutefois en renier certains fondamentaux.
Voix rauque et brushing blond, cette quinquagénaire (57 ans) est annoncée comme l'une des favorites de l'élection présidentielle de 2027, si la cour d'appel de Paris ne la condamne pas à une peine d'inégibilité de plus de deux ans dans une affaire de détournement de fonds du Parlement européen.
Figure de l'extrême droite européenne, elle n'a pas réussi à accéder au pouvoir, comme l'ont fait ses homologues Viktor Orban en Hongrie ou Giorgia Meloni en Italie. C'est l'objectif d'une vie, baignée dans la politique.
Née en 1968, elle n'avait que quatre ans lorsque son père Jean-Marie Le Pen co-fonde le Front national, six ans lors de sa première candidature à la présidentielle, et à peine deux de plus lorsque la famille réchappe à un attentat dans leur appartement parisien.
Son père, surnommé "le diable de la République", est connu pour ses saillies sulfureuses qui lui ont valu plusieurs condamnations judiciaires, notamment pour contestation de crime contre l'humanité - il a qualifié les chambres à gaz de "point de détail de l'histoire".
Avocate de formation, elle portera les couleurs du FN pour la première fois aux législatives en 1993. En 2011, avec le soutien de son père, elle en prend la présidence, affirmant "assumer tout l'héritage" et en "prendre toute l'histoire".
- "Ni droite, ni gauche" -
Mais la lourde défaite de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de la présidentielle de 2002 (17,79%) - après un score historique au premier tour (16,86%) qui avait provoqué un séisme politique en France - la convainc de mener une nouvelle stratégie pour tenter d'accéder au pouvoir.
Elle s'efforce alors de "dédiaboliser" le parti de son image antisémite et raciste.
Elle limoge les éléments les plus radicaux, jusqu'à en exclure son propre père en août 2015. Une décision qu'elle "ne se pardonnera jamais" dira-t-elle à sa mort en 2025.
Elle changera le nom du parti pour celui de Rassemblement national.
Affichant le visage rassurant d'une "mère de famille" préoccupée par la défense des "plus vulnérables" et du pouvoir d'achat des Français, s'exposant sur les réseaux sociaux avec ses chats, Mme Le Pen gomme les aspects les plus rugueux du programme du parti.
Si elle abandonne l'idée d'une sortie de l'Union européenne et de la zone euro, des fondamentaux demeurent: préférence nationale, lutte contre l'immigration et vitupérations contre le "système".
Sa doctrine ? Un "ni droite, ni gauche" aux contours mal définis, où la "souveraineté de la nation" est exaltée autant que "la République", avec un programme essentiellement financé par la suppression des aides aux étrangers.
Mère de trois enfants, deux fois divorcée, celle qui a grandi dans un hôtel particulier d'une banlieue cossue de l'ouest parisien a construit son implantation régionale dans le bassin minier sinistré du Nord de la France, longtemps acquis à la gauche.
- Liens avec la Russie -
Ses amitiés politiques à l'international, avec Viktor Orban ou autrefois Vladimir Poutine, n'ont toutefois jamais permis de lever le soupçon d'une tentation autoritaire et illibérale.
Un prêt de 9 millions d'euros souscrit auprès d'une banque tchéco-russe en 2014, ainsi que la reconnaissance sans nuance de l'annexion russe de la Crimée, ont continué d'installer le doute.
Ses liens avec la Russie de Poutine l'avaient mise en difficulté lors du débat télévisé de l'entre-deux tours de la présidentielle 2022 face à Emmanuel Macron. Elle a toutefois a semblé prendre peu à peu ses distances avec Moscou après l'invasion de l'Ukraine.
Après la dissolution surprise de juin 2024, le RN réalise une percée historique, conduisant Marine Le Pen à la tête du plus grand groupe de députés (120) à l'Assemblée nationale.
Elle avait quitté la présidence du RN en 2021 pour préparer les échéances présidentielles, confiant les rênes à Jordan Bardella. Mais une éventuelle inéligibilité propulserait le populaire trentenaire candidat à sa place pour le scrutin des 18 avril et 2 mai 2027.

