Affaire Balogun: quand l'"Amérique d'abord" de Trump s'invite au Mondial

Aux Etats-Unis, où le football occupe une place secondaire dans le paysage sportif, la présidence de Donald Trump a transformé la discipline en un nouveau champ de bataille diplomatique.

Le milliardaire républicain a reconnu avoir sollicité la Fifa, qui a décidé d'annuler un carton rouge infligé à la star américaine Folarin Balogun.

Donald Trump a également mis en doute la réputation de l'arbitre brésilien qui a donné ce carton rouge, tout en assurant ne pas vouloir "créer de controverse".

Son intervention dans cette affaire a poussé les Européens à faire bloc, comme lorsqu'il leur a infligé des droits de douane, rabaissé des dirigeants ou remis en cause l'OTAN.

Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a jugé lundi "incompréhensible" la décision de la Fifa.

"Il revient aux instances sportives, pas aux politiques" de décider des règles du sport, a pour sa part souligné le commissaire européen Glenn Micallef, en charge des questions sportives.

Le buteur américain a été exclu mercredi, lors du 16e de finale remporté par Team USA (2-0) contre la Bosnie-Herzégovine, pour avoir marché sur la jambe du défenseur Tarik Muharemovic.

- "Acune intégrité" -

Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, qui a déclaré que les Etats-Unis s'étaient fait "entuber" par ce carton rouge, a plaisanté en disant que l'épisode pourrait être évoqué lors d'un sommet de l'Otan cette semaine.

"Peut-être qu'ils essaient de provoquer un incident international", a déclaré le secrétaire d'Etat américain en marge d'une rencontre lundi avec son homologue chilien à Washington.

Amateur de sport, Marco Rubio a estimé que la Belgique devrait se réjouir d'affronter une équipe américaine au complet et dit espérer que "le vainqueur sera le vainqueur".

Trump, qui promet de faire passer "l'Amérique d'abord", a régulièrement usé sans détour de la force de dissuasion américaine pour obtenir ce qu'il souhaitait.

Il avait menacé de s'emparer du Groenland et du canal de Panama, et tenté de neutraliser la Cour pénale internationale en sanctionnant des juges dont les décisions lui déplaisaient.

Le républicain a déclaré avoir évoqué le carton rouge lors d'un appel téléphonique avec le président de la Fifa Gianni Infantino, qui s'est étroitement rapproché de lui, allant jusqu'à lui remettre un "prix Fifa de la paix".

"Trump n'a aucune intégrité et bien sûr qu'il essaierait d'utiliser sa position pour influencer le résultat", a jugé sur X l'analyste géopolitique et créateur de contenu en ligne Cyrus Janssen.

"C'est ce qu'il a fait dans toutes les autres situations de sa vie", a-t-il ajouté.

- Indignation sélective -

Gianni Infantino s'est de son côté défendu d'être intervenu auprès des instances disciplinaires, assurant avoir expliqué à Donald Trump qu'une procédure indépendante était en cours.

Mais l'affaire semble déjà trop embarrassante, y compris pour Sepp Blatter, le prédécesseur de Gianni Infantino qui avait démissionné en 2015 après une enquête anticorruption.

"Le football ne doit jamais devenir un terrain de jeu pour le pouvoir politique", a-t-il écrit sur X.

L'intervention de Donald Trump auprès de la Fifa a été saluée par sa base conservatrice. D'autres, pourtant peu favorables au président républicain, ont aussi dénoncé une forme de double standard de la part des Européens.

Brett Bruen, ancien diplomate américain souvent critique de Trump, a estimé auprès de l'AFP que les Etats-Unis avaient le droit de déposer des plaintes et qu'il n'était pas nouveau qu'un chef d'Etat intervienne de la sorte.

Il a ajouté que les Européens n'avaient pas manifesté la même indignation après que la Fifa a permis à Cristiano Ronaldo de disputer les premiers matchs de la Coupe du monde malgré un carton rouge reçu en qualification.

"Pendant des années, les Européens ont toléré et facilité des manquements éthiques flagrants au sein de la fédération internationale de football", a-t-il déclaré, jugeant qu'il était "comique" de "présenter le dépôt d'une plainte légitime comme de la corruption".

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