Roumanie : lourde condamnation confirmée pour un ancien tortionnaire communiste

La Haute Cour de justice de Roumanie a confirmé mercredi la condamnation à vingt ans de prison d'un ancien chef de prison communiste, au terme du premier procès du genre dans le pays, 26 ans après la chute du régime totalitaire.

Jugé pour "crimes contre l'humanité", Alexandru Visinescu, 90 ans, avait été condamné en première instance en juillet, mais avait fait appel. Le verdict est désormais définitif.

L'ancien commandant du pénitencier de Ramnciu Sarat (est), qui n'était pas présent au tribunal lors de l'énoncé du verdict, a été conduit en milieu d'après-midi à la prison de Rahova par cinq policiers venus le chercher à son domicile bucarestois.

Menotté, une chapka en fourrure vissée sur la tête, il n'a fait aucune déclaration aux nombreux journalistes qui l'attendaient devant l'immeuble.

Il était accusé d'avoir soumis à un "régime d'extermination" les détenus politiques de Ramnicu Sarat, un des pénitenciers les plus terribles de la Roumanie communiste.

"Chacun doit payer pour ses péchés, or Visinescu n'a fait que du mal", a déclaré à l'AFP Valentin Cristea, 85 ans, le dernier survivant parmi les anciens détenus de Ramnicu Sarat.

"Il s'agit d'une condamnation symbolique, historique, qui crée un précédent dans la jurisprudence roumaine", a pour sa part estimé le président de l'Institut de recherche des crimes du communisme (IICCMER), Radu Preda, à l'origine des plaintes visant Alexandru Visinescu et une trentaine d'autres tortionnaires communistes présumés.

Selon lui toutefois, cette condamnation "ne devrait pas se substituer à un vrai procès du communisme", que la Roumanie attend depuis plus de 25 ans.

Plaidant l'acquittement pendant le procès, l'avocate de l'ex-commandant avait assuré qu'il n'y avait "aucune preuve quant à l'intention de l'inculpé d'infliger des souffrances supplémentaires par rapport à ce que prévoyait la législation" de l'époque.

De son côté, M. Visinescu n'avait jamais exprimé de regrets ou demandé pardon aux victimes, affirmant avoir simplement "obéi aux ordres" de ses supérieurs et respecté les lois en vigueur.

Au moins quatorze détenus politiques sont morts pendant le mandat de M. Visinescu, entre 1956 et 1963, dans l'"enfer du silence" de Ramnicu Sarat, où chaque prisonnier était enfermé seul dans une cellule et n'avait le droit d'adresser la parole à personne.

Après avoir longtemps hésité à se pencher sur cette période sombre de l'histoire de Roumanie, le parquet avait fini par donner suite, en 2013, aux plaintes de l'IICCMER.

Un deuxième procès, visant un ancien commandant du camp de travail de Periprava (est), est en cours à Bucarest.

Plus de 600.000 opposants politiques, intellectuels, officiers ou prêtres ont été détenus en Roumanie sous le régime communiste, entre 1947 et 1989.

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