Un chef de milice congolais condamné à mort pour crimes de guerre est réapparu libre mardi à Lubumbashi, plus de cinq ans après son évasion de prison, selon le correspondant de l'AFP dans cette ville du sud-est de la République démocratique du Congo.
Kyungu Mutanga, alias Gédéon, est sorti de la clandestinité lors d'une cérémonie officielle en son honneur devant quelques centaines de policiers et militaires et quelques dizaines de badauds à proximité de l'assemblée provinciale du Haut-Katanga.
Arrivé à bord d'une jeep de l'armée, M. Kyungu Mutanga, accusé d'être à la tête d'un groupe rebelle sécessionniste ("Bakata Katanga") ayant semé la terreur au Katanga, a été accueilli par des danses et des chants.
"J'avais reçu des armes en 1998 (pendant la deuxième guerre du Congo) de feu Mzee Laurent Désiré Kabila (père de l'actuel président Joseph Kabila) pour barrer la route aux ennemis rwandais", a-t-il déclaré en kiluba, langue de l'ethnie des Kabila.
"Aujourd'hui, répondant à l'appel du président Joseph Kabila (exhortant les groupes armés à se rendre), je suis venu déposer les armes", a ajouté le chef milicien, barbu et chapeauté, qui arborait un tee-shirt à l'effigie du président Kabila barré du slogan "shikata" ("demeure", "reste longtemps").
- 'Je n'ai peur de personne' -
"Nous voulons la paix. Je n'ai peur de personne, ni de la justice de mon pays", a-t-il lancé avant de quitter les lieux à bord de la voiture du gouverneur du Katanga, Jean-Claude Kazembe.
"L'ex-seigneur de guerre Gédéon a déposé les armes. C'est une victoire pour le peuple congolais", a déclaré à l'AFP le général Philémon Yav, chef de la 22e région militaire. "Les négociations pour aboutir à ce résultat ont duré plus d'une année", a-t-il dit, appelant les quelques dizaines de groupes armés actifs dans l'est du pays à "suivre ce bon exemple".
Interrogé sur la situation de Kyungu Mutanga, le général a déclaré que celui-ci était "sous la surveillance de l'armée", mais qu'il n'était pas détenu.
A la tête d'une groupe maï-maï (miliciens) pendant la deuxième guerre du Congo (1998-2003), Gédéon avait refusé de rendre les armes. Arrêté, il avait été condamné à mort en mars 2009 pour "crimes de guerre, crimes contre l'humanité, mouvement insurrectionnel et terrorisme".
La peine de mort étant commuée en prison à vie, Gédéon avait été incarcéré dans une prison de haute sécurité dont il s'était évadé en septembre 2011 à la faveur d'une attaque menée avec des moyens militaires très importants.
La commission d'enquête chargée de faire la lumière sur cette évasion, qui a eu lieu deux mois avant la présidentielle qui allait reconduire au pouvoir M. Kabila pour cinq ans, n'a jamais rendu son rapport.
Hubert Tshiswaka, directeur général de l'ONG Institut de recherche en droits humains (IRDH), a jugé "déplorable" l'accueil fait par les autorités à Gédéon. "Sa place est en prison", a-t-il déclaré, "nous allons tout faire pour (qu'il y) retourne".
Mais pour le vice-ministre de la Justice, Mboso Nkodia, "du moment (que Gédéon) s'est rendu, l'État peut lui faire grâce". "Il faut donner une chance à la paix, il faut saisir cette chance".
La moitié est de la RDC est déchirée par des conflits armés depuis plus de vingt ans. Depuis la réélection contestée de M. Kabila, le pays traverse une crise politique qui s'intensifie à l'approche de la fin du mandat du chef de l'État, le 20 décembre.
Alors que la présidentielle a été reportée, M. Kabila à qui la Constitution interdit de se représenter ne donne aucun signe de vouloir quitter le pouvoir. Les négociations pour trouver une sortie de crise sont dans l'impasse.
