La Serbie a demandé jeudi à Paris d'agir en "Etat de droit" en lui remettant l'ancien Premier ministre kosovar Ramush Haradinaj, arrêté mercredi en France et qu'elle veut juger pour crimes de guerre.
Ramush Haradinaj a été interpellé mercredi à l'aéroport de Bâle-Mulhouse (est de la France), en vertu d'un mandat d'arrêt international émis par la justice serbe, qui le soupçonne de crimes de guerre contre des civils lors du conflit de 1998-99.
Il avait toutefois été acquitté en 2012 par le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).
"Il serait très illogique, même si je ne l'exclus pas, que la France, un Etat sérieux, un Etat de droit, n'agisse pas conformément au droit, mais conformément à ses positions politiques", a déclaré le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic.
"Dans ce cas là, on se poserait nous aussi la question de la manière dont nous agirions dans une situation réciproque", a-t-il mis en garde, ajoutant qu'il n'aimerait "pas qu'on arrive dans une situation en France où la politique serait au-dessus du droit".
"Nos parquets ont récolté beaucoup de données, beaucoup de preuves mettant en cause" Ramush Haradinaj, a-t-il assuré.
La justice française a entendu jeudi l'ancien Premier ministre, et lui a notifié la demande d'arrestation provisoire. La cour d'appel de Colmar doit prendre "des mesures de sûreté afin de garantir sa représentation devant la justice française à l'occasion de cette procédure extraditionnelle", a indiqué le parquet général de Colmar dans la soirée.
M. Haradinaj a été incarcéré provisoirement "dans l'attente de la réception de la demande formelle d'extradition des autorités judiciaires serbes et de la saisine de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Colmar, qui devra statuer sur la validité juridique de cette demande", a précisé le procureur général de Colmar, Jean-François Thony, dans un communiqué.
En 2015, Ramush Haradinaj avait été brièvement interpellé en Slovénie dans des circonstances similaires avant d'être relâché.
Il était l'un des plus hauts responsables de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) durant la guérilla contre les forces de Belgrade.
La guérilla de 1998-99 s'était achevée par la séparation de la Serbie de cette région majoritairement albanophone, après une campagne de bombardements de l'OTAN sur la Serbie.
Le Kosovo avait déclaré en 2008 son indépendance, désormais reconnue par plus de 110 pays, dont la France, mais toujours pas par Belgrade.
Compagnon d'armes d'Hashim Thaçi, l'actuel président, Ramush Haradinaj en est devenu un adversaire politique, s'opposant notamment à toute normalisation des relations avec Belgrade.
Premier ministre de décembre 2004 à mars 2005, il avait démissionné après avoir été inculpé par le TPIY qui l'avait finalement acquitté au grand dam des Serbes.
Son groupe est accusé par Belgrade d'avoir torturé et assassiné des dizaines de personnes dont les corps ont été découverts près du lac Radonjic dans la région de Decani.
