Le Premier ministre malaisien a appelé jeudi la Birmanie à mettre un terme à sa répression de la minorité musulmane des Rohingyas, affirmant que des extrémistes musulmans pourraient exploiter cette situation.
"Trop de gens ont perdu la vie en Birmanie", a déclaré Najib Razak lors d'un discours à l'ouverture à Kuala Lumpur d'une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l'Organisation de la coopération islamique (OCI).
"Beaucoup ont connu une mort terrible, et ceux qui ont survécu aux atrocités ont été victimes ou témoins d'une cruauté extrême", a-t-il ajouté. "Pour commencer, les tueries doivent s'arrêter (...) La persécution d'hommes et de femmes, simplement parce qu'ils sont musulmans, doit s'arrêter".
Selon les Nations Unies, au moins 65.000 musulmans rohingyas ont fui de la Birmanie vers le Bangladesh après une opération de l'armée birmane en Etat Rakhine (ouest) lancée en octobre dernier, en représailles à l'attaque de postes-frontières par des groupes d'hommes armés.
Cette campagne militaire est marquée selon les groupes de défense des droits de l'Homme par de graves abus - viols collectifs, meurtres, tortures - qui pourraient s'apparenter à des crimes contre l'humanité.
Najib Razak, qui a dénoncé un "génocide" à l'encontre des Rohingyas, a prévenu que ce conflit pourrait alimenter le jihadisme.
"Les membres de l'OCI sont conscients que des organisations terroristes comme Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique) pourraient tirer avantage de cette situation", a-t-il dit.
Le secrétaire général de l'OCI Youssef Youssef Al-Othaimeen, a lui aussi appelé les forces birmanes à faire preuve de retenue.
Et dans un communiqué au terme de la réunion, les 56 membres de l'OCI ont appelé la Birmanie à mettre un terme à "la violence et la discrimination" contre les Rohingyas.
L'organisation a également estimé que si cette question n'était pas résolue, des "éléments radicaux" pourraient s'infiltrer au sein de la communauté rohingya. Elle a appelé à entamer un "processus de réconciliation", prévoyant le retour dans leurs foyers des réfugiés.
Haïs en Birmanie par une partie de la population à 95% bouddhiste, les Rohingyas y sont considérés comme des étrangers et sont victimes de multiples discriminations. Le gouvernement birman refuse de les reconnaitre comme une minorité du pays, alors que beaucoup d'entre eux vivent en Birmanie depuis plusieurs générations.
L'arrivée au pouvoir fin mars de la lauréate du prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, n'a pour l'instant rien changé à la situation.
