L'Alternative pour l'Allemagne (AfD), parti de la droite populiste allemande, a refusé lundi d'entamer une procédure d'exclusion à l'encontre de l'un de ses responsables qui avait déploré l'existence à Berlin d'un mémorial "de la honte" rappelant l'Holocauste.
Ces propos, qui ont provoqué un profond malaise dans un pays hanté par son passé nazi, avaient suscité des remous au sein de la direction de ce jeune parti en proie à des querelles à sa tête depuis sa création en 2013.
Mais à l'issue d'une conférence téléphonique de trois heures, la direction de l'AfD a décidé de s'en tenir à "des mesures disciplinaires" contre Björn Höcke, déjà connu pour des dérapages verbaux, a déclaré la direction du parti sans plus de précisions.
"La direction fédérale (de l'AfD) prend acte (du fait) que les déclarations de Björn Höcke le 17 janvier 2017 dans le cadre de son 'discours de Dresde' ont nui à l'image du parti", a souligné la coprésidente de l'AfD, Frauke Petry citée dans un communiqué
Frauke Petry, qui a rencontré samedi la dirigeante de l'extrême droite française Marine Le Pen, avait jugé la semaine dernière que M. Höcke était "un poids pour le parti".
Celui-ci avait affirmé que le Mémorial de l'Holocauste, impressionnant champ de stèles situé au coeur de Berlin, était "un monument de la honte".
"Jusqu'à ce jour, notre état d'esprit est celui d'un peuple totalement vaincu (...) nous Allemands, notre peuple, est le seul peuple au monde qui a planté au coeur de sa capitale un monument de la honte", avait-il déclaré.
"Il nous faut rien de moins qu'un virage à 180° de notre politique de mémoire", avait-il ajouté.
La polémique a été encore alimentée lundi par un autre coprésident de l'AfD, Jörg Meuthen qui s'est insurgé contre la contribution de l'Etat région de Bade-Wurtemberg (sud) au financement annuel du mémorial du camp de Gurs dans les Pyrénées françaises, où furent internés puis déportés 6.500 juifs arrêtés dans cette région d'Allemagne notamment.
"Nous devons nous demander si le camp de Gurs fait vraiment partie de la culture du souvenir allemande... alors qu'il a été sous administration française et que des prisonniers de guerre allemands y ont été détenus après la guerre", a déclaré Jörg Meuthen, élu de l'AfD dans le Bade-Wurtenberg.
L'Allemagne entretient le souvenir du plus grand de ses crimes par des commémorations, des monuments et a effectué depuis la fin du joug nazi un long et profond travail d'analyse de son passé.
Les propos de ce responsable régional de l'AfD avaient donc provoqué la réprobation générale au point que certains sociaux-démocrates l'avaient accusé d'utiliser un vocabulaire nazi et d'attiser la haine.
Il avait toutefois reçu le soutien d'autres cadres de ce parti créé comme une formation opposée à l'euro et qui est depuis devenu un parti hostile aux migrants, à l'islam et aux élites.
Selon un sondage publié par l'hebdomadaire Bild am Sonntag, 61% des Allemands estiment que Björn Höcke devrait être exclu de l'AfD.
