Soudan du Sud: un 3e haut responsable de l'armée démissionne

Un troisième haut responsable militaire du Soudan du Sud a démissionné en une semaine, en accusant le régime du président Salva Kiir de crimes de guerre et de nettoyage ethnique, selon une lettre reçue samedi par l'AFP.

Le général Henry Oyay Nyago, avocat général et directeur de la justice militaire, est le dernier en date des hauts cadres de l'armée à envoyer une lettre de démission en accusant le gouvernement d'atrocités dans la guerre civile qui dure depuis trois ans.

"Votre régime a commis des crimes de guerre (...), des actes de génocide et de nettoyage ethnique", a-t-il écrit, accusant le président Kiir d'ordonner la mort de civils n'appartenant pas à son groupe ethnique, les Dinkas, et de ne rien faire à propos des crimes commis par les Dinkas.

"Je ne peux continuer d'être silencieux quand vous massacrez les peuples innocents du Soudan du Sud", a ajouté le général dans sa lettre au président, qui donne des exemples de civils tués ou d'atrocités non suivies d'enquêtes.

Pour sa part, le chef du tribunal militaire du Soudan du Sud a démissionné en accusant l'armée d'arrestations illégales sur des bases ethniques, selon un autre courrier reçu samedi par l'AFP.

Dans cette lettre adressée au chef d'état-major de l'armée, Paul Malong Awan, le colonel Khalid Ono Loki dénonce "des arrestations non motivées et non justifiées et des détentions variants de plusieurs mois à plusieurs années sans enquête ni inculpation (...) dans des affaires montées de toutes pièces contre des particuliers qui ne sont pas de l'ethnie dinka".

Un autre haut responsable, le général Thomas Cirillo Swaka, numéro deux de la division logistique à l'état-major, avait lui aussi démissionné et accusé le président Kiir et d'autres officiers supérieurs de l'ethnie dinka de mener un "nettoyage ethnique" dans ce pays en guerre civile depuis décembre 2013.

Le ministre du Travail, Gabriel Duop Lam, a également annoncé vendredi sa démission et sa "pleine allégeance" au chef de l'opposition Riek Machar, d'ethnie nuer, dont les troupes combattent l'armée progouvernementale sud-soudanaise.

Dans sa lettre au chef d'état-major, le colonel Loki accuse notamment la hiérarchie d'avoir créé son propre système judiciaire en contradiction avec la loi.

"Votre clique incompétente d'amis et de proches qui arrêtent et condamnent impunément selon votre bon vouloir et sous votre commandement n'ont jamais suivi d'école de droit pour exercer ces responsabilités", accuse le colonel Loki.

Déchiré depuis décembre 2013 par la rivalité entre Salva Kiir et Riek Machar, le Soudan du Sud, indépendant depuis seulement 2011, subit une guerre civile qui a atteint des "proportions catastrophiques", selon un rapport de l'ONU dévoilé en début de semaine.

Ce conflit, au cours de laquelle de multiples atrocités ont été commises par les deux parties, selon les instances internationales, a déjà fait des dizaines de milliers de morts et plus de trois millions de déplacés.

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