Les dirigeants serbes de Bosnie ont averti lundi que la Bosnie risquait de se diriger vers une "longue instabilité" si le chef des Bosniaques musulmans du pays n'abandonnait pas son intention de relancer devant la CIJ le processus pour "génocide" contre la Serbie.
"Nous sommes convaincus que c'est le chemin qui conduit vers une longue instabilité et cette longue instabilité n'apportera rien de bon aux citoyens de la Bosnie", a déclaré Mladen Bosic, vice-président du parlement fédéral bosnien, à l'issue d'une réunion des chefs des partis politiques serbes à Sarajevo.
Il a aussi mis en garde contre le danger d'un "conflit physique" et appelé "à la raison tous les acteurs politiques".
Saisie en 1993 par la Bosnie, la Cour internationale de justice (CIJ) avait tranché en 2007 que la Serbie "n'avait pas commis de génocide" dans ce pays, pendant le conflit intercommunautaire (1992-95) qui avait fait près de 100.000 morts et plus de 2 millions de réfugiés.
La Bosnie disposait de dix ans pour réclamer éventuellement un réexamen de ce verdict, dans le cas de l'apparition de nouvelles preuves.
Seulement neuf jours avant l'expiration de ce délai, le 26 février, le membre bosniaque de la présidence collégiale du pays, Bakir Izetbegovic, a annoncé jeudi une demande de révision du verdict, provoquant l'ire des responsables serbes de Bosnie.
Il a été accusé par son homologue serbe à la présidence, Mladen Ivanic, de comportement "arbitraire" et de "privatisation" des institutions. Ivanic a convoqué pour jeudi une réunion extraordinaire des trois membres de la présidence (serbe, croate, bosniaque), "dernière tentative, selon lui, pour faire revenir les choses dans les institutions légales".
"Le thème principal de cette réunion sera de voir si la Bosnie est pour ou contre une demande de révision" du verdict de la CIJ, plus haute instance judiciaire des Nations unies, a expliqué M. Ivanic.
Bakir Izetbegovic, qui a en effet annoncé le recours sans consulter ses collègues de la présidence, assure que leur aval n'était pas nécessaire et qu'un avocat nommé en 2002 par la présidence allait remettre cette semaine au tribunal de la Haye la demande de la révision du verdict.
Les dirigeants politiques des Serbes de Bosnie seront reçus mercredi par le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic pour discuter de cette situation, a-t-on annoncé à Belgrade.
