Quatorze ex-responsables roumains, dont l'ancien président Ion Iliescu, ont été renvoyés mardi devant le tribunal pour y répondre de "crimes contre l'humanité" pour leur rôle dans la répression d'une manifestation qui avait fait quatre morts à Bucarest en 1990.
"Les 11 et 12 juin 1990, les autorités ont décidé de lancer une violente attaque contre les manifestants qui protestaient pacifiquement" contre le pouvoir issu du soulèvement anticommuniste de décembre 1989, a indiqué le parquet dans son acte de renvoi.
Des milliers de mineurs ont alors déferlé sur Bucarest pour prêter main forte aux forces de l'ordre, à l'appel du nouveau président du pays, Ion Iliescu.
Au total, quatre personnes ont été tuées par balles, 1.380 blessées et 1.250 "privées de liberté pour des raisons politiques", selon les procureurs.
A l'issue de leur équipée qui avait semé la terreur parmi les Bucarestois, M. Iliescu, âgé aujourd'hui de 87 ans, avait remercié les mineurs pour leur "sens civique élevé".
Les images des violences avaient fait le tour du monde, suscitant la condamnation de la part de plusieurs chancelleries occidentales.
L'ancien Premier ministre Petre Roman, le chef du renseignement de l'époque Virgil Magureanu, un ex-adjoint du parquet ainsi que deux leaders du puissant syndicat des mineurs figurent également parmi les personnes renvoyées en procès.
M. Iliescu, qui a dirigé la Roumanie à deux reprises, de 1990 à 1996 puis de 2000 à 2004, avait été mis en examen dans ce dossier en 2005, pour "meurtre et tentative de meurtre", mais les poursuites avaient été annulées deux ans plus tard pour vices de procédure.
L'instruction a été relancée en mars 2015, suite à la condamnation de Bucarest par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), qui avait pointé une enquête "lacunaire et déficiente".
L'ancien président a à plusieurs reprises assuré n'avoir "rien à (se) reprocher" dans cette affaire.
