Des boîtes noires au microscope, les enquêtes du BEA au service de la sécurité aérienne

"Le BEA, c'est une enquête ouverte par jour". Microscopes, rayons X... dans son laboratoire qui jouxte l'aéroport du Bourget, Frédéric Hervelin dispose de tous les outils pour déterminer les causes d'un accident d'avion. Objectif: améliorer la sécurité aérienne.

"Nous n'avons pas toujours la chance de disposer de boîtes noires. Donc nous devons faire parler tous les éléments qui peuvent parler afin de reconstituer les circonstances de l'événement", explique M. Hervelin, responsable du pôle structure, équipements et moteurs du Bureau d'Enquêtes et d'Analyses (BEA) pour la Sécurité de l'Aviation civile.

"La plupart du temps, il nous faut réaliser un examen poussé à la fois du site de l'accident, mais également examiner l'épave ou les débris qui vont nous indiquer si l'avion était complet à l'impact, voire s'il était manoeuvrable", poursuit-il.

L'enquêteur travaille à l'aide de microscopes, y compris à balayage, de radioscopes à rayons X, de tomographes afin de déterminer la nature de la rupture d'une pièce, si elle est la cause ou une conséquence de l'accident. Certains outils ont même été développés spécifiquement pour les besoins du BEA.

Dès qu'il est notifié d'un accident aérien, le BEA dépêche une équipe d'enquêteurs sur les lieux afin d'en déterminer les circonstances. Et il réceptionne les épaves des crashs dans son nouveau hangar aux couleurs de damier aérien près de l'aéroport du Bourget où il réceptionne les épaves des crashs.

Un travail de fourmi destiné à comprendre les circonstances qui ont mené à la catastrophe --panne technique ou défaut d'entretien, erreur humaine ou acte délibéré-- et d'émettre des recommandations afin d'éviter que cela se reproduise.

Dans le cas d'un crash d'hélicoptère, c'est une pièce métallique de transmission de puissance qui a permis de déterminer que le moteur fonctionnait bien au moment de l'accident et que les causes étaient ailleurs, explique Frédéric Hervelin. Dans un autre, des instruments de bord calcinés ont révélé la position de l'avion et sa vitesse au moment de l'impact.

- Analyser les boîtes noires pour comprendre -

Lors d'un crash aérien, la priorité reste malgré tout de retrouver au plus vite les boîtes noires: le "Cockpit Voice Recorder" (CVR), qui enregistre les conversations entre pilotes et les bruits dans l'avion, notamment les éventuelles alarmes, et le "Flight Data Recorder" (FDR), qui relève tous les paramètres de vol (vitesse, altitude, régime des moteurs, trajectoire, etc.).

Après une phase technique d'ouverture et de réparation éventuelle lorsqu'elles sont endommagées, on en extrait le contenu pour comprendre la séquence d'événements.

"Sur des événements majeurs, on va avoir très peu de témoignages de ce qui a pu se passer", explique Johan Condette, responsable enregistreurs de vol et systèmes avioniques. "L'analyse des données va permettre de comprendre comment l'aéronef a fonctionné, s'il était piloté, comment il a réagi par rapport aux commandes des pilotes, est-ce que les systèmes ont fonctionné comme prévu."

"L'enregistreur de voix va permettre de connaître les échanges dans le cockpit et avec les services de contrôle pour déterminer les interactions et comment l'équipage a réagi", ajoute-t-il. "Sans enregistreurs de vol, il est quasiment impossible de déterminer les raisons de l'accident."

Chaque année, la cinquantaine d'enquêteurs du BEA participe à plusieurs centaines d'enquêtes, dont environ 200 en France, sur des accidents graves mais aussi de simples incidents ayant mis en cause la sécurité des passagers.

La plupart concernent l'aviation générale (avions de tourisme, hélicoptères, planeurs et ULM), mais le BEA est aussi chargé des enquêtes autour des grandes catastrophes aériennes, comme les crashs du Rio-Paris en 2009, Germanwings en 2015, ou du Concorde en 2000.

Si certains accidents aériens ont donné lieu à des procès, le BEA n'est pas là pour établir d'éventuelles responsabilités. Cela relève de l'autorité judiciaire. "La mission principale du BEA est une mission de prévention", souligne Frédéric Hervelin. "Notre but, c'est la sécurité de l'aviation civile."

Ce travail d'enquête a parfois donné lieu à des bouleversements majeurs et permis de faire de l'avion le moyen de transport le plus sûr au monde.

Dans les années 1950, les investigations des enquêteurs américains sur la collision aérienne du Grand Canyon aux Etats-Unis ont ainsi conduit à la création de la Federal Aviation Administration (FAA), l'agence gouvernementale chargée de la réglementation de l'aviation civile, et au développement du contrôle du trafic aérien.

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