La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) demande à la justice d'élargir aux "crimes contre l'humanité" les poursuites contre les jihadistes français impliqués dans les crimes sexuels commis contre la minorité yazidie en Irak.
La FIDH appuie cette revendication sur un rapport présenté jeudi à Paris avec l'organisation Kinyat, en présence de Nadia Murad, la jeune Yazidie de 25 ans récompensée début octobre du prix Nobel de la paix.
Dans leur enquête, basée en partie sur les témoignages de 16 survivantes, les deux associations donnent des éléments qui peuvent permettre à la justice d'identifier des jihadistes étrangers, et notamment français, impliqués dans les crimes commis contre les Yazidis.
En aout 2014, des jihadistes du groupe État islamique (EI) ont envahi le mont Sinjar, fief de cette minorité religieuse kurdophone dans le nord de l'Irak, tuant des milliers d'entre eux et enlevant des milliers de femmes et d'adolescentes pour les réduire à l'état d'esclaves sexuelles.
Plus de 6.800 Yazidies auraient été retenues captives: 4.300 se seraient échappées ou auraient été rachetées et 2.500 seraient encore "disparues", affirme le rapport.
"Un jihadiste qui revient en France va aller vers la justice terroriste. Ce n'est pas suffisant, on est ici dans un registre encore plus grave", a expliqué l'avocat de la FIDH, Me Patrick Baudouin. En ne retenant pas les qualifications de crimes contre l'humanité, "on ne va pas au bout de la vérité et on ne prend pas assez en compte le sort subi par les victimes".
Selon le gouvernement en février, 255 adultes français étaient rentrés de la zone jihadiste irako-syrienne, sur environ 1.700 personnes parties sur place depuis 2014.
Elles font systématiquement l'objet de poursuites menée par le pôle antiterroriste du tribunal de Paris, en charge de quelques 500 procédures liées au jihadisme.
Le pôle spécialisé dans les crimes contre l'humanité, où les dossiers liés au génocide rwandais ont longtemps prédominé, était chargé, au printemps dernier, de 27 procédures liées au conflit en Syrie et en Irak, dont 17 au stade de l'enquête préliminaire, selon une source judiciaire.
"Nous souhaitons que ces deux pôles travaillent de façon plus coordonnée (...). Il y a une évolution favorable dans ce sens", a relevé Me Baudouin.
Les deux associations demandent aussi à la procureure de la Cour pénale internationale "d'ouvrir un examen préliminaire" des crimes commis par des jihadistes ressortissants d'États qui reconnaissent la CPI, et qui ne seraient pas poursuivis dans leurs pays.
