La Cour pénale internationale (CPI), créée en 2002 pour juger les pires crimes commis à travers le monde, a échoué dans ses dossiers les plus emblématiques, entre abandon des procédures et acquittements.
- Laurent Gbagbo
Le 15 janvier 2019, l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo est acquitté de crimes contre l'humanité pour insuffisance de preuves, après sept ans de détention provisoire à La Haye.
La CPI acquitte également Charles Blé Goudé, ex-chef du mouvement des Jeunes patriotes fidèles à M. Gbagbo.
Premier ancien chef d'État à avoir été livré à la Cour, M. Gbagbo était jugé pour des exactions commises pendant la crise post-électorale de 2010-2011, née de son refus de céder le pouvoir à son rival Alassane Ouattara. Les violences avaient fait plus de 3.000 morts.
- Jean-Pierre Bemba
Le 9 juin 2018, à la surprise générale, la CPI acquitte en appel l'ex-chef rebelle de République démocratique du Congo (RDC) Jean-Pierre Bemba, condamné en première instance à 18 ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. "Les sérieuses erreurs commises par la chambre de première instance font entièrement disparaître sa responsabilité pénale", estiment les juges d'appel.
En première instance, en juin 2016, M. Bemba avait été déclaré coupable d'une vague de meurtres et de viols commis par sa milice, le Mouvement de libération du Congo (MLC), en Centrafrique entre octobre 2002 et mars 2003.
Le 1er août 2018, Jean-Pierre Bemba fait un retour triomphal à Kinshasa après dix ans de détention provisoire.
En marge de son procès principal, M. Bemba est condamné par la CPI en 2017 à un an de prison et 300.000 euros d'amende pour avoir corrompu 14 témoins, présenté de fausses preuves et sollicité de faux témoignages.
- Uhuru Kenyatta et William Ruto
En décembre 2014, la procureure près la CPI Fatou Bensouda abandonne les poursuites intentées contre le président kényan Uhuru Kenyata.
M. Kenyatta était soupçonné de crimes contre l'humanité pour son rôle présumé dans les violences post-électorales de fin 2007-début 2008, qui avaient fait plus de 1.300 morts et 600.000 déplacés. Il est le premier président en exercice à avoir comparu devant la CPI.
La procureure dénonce une "série d'obstacles majeurs qui l'ont empêché d'enquêter de manière approfondie", dont l'absence de coopération du gouvernement kenyan.
Puis, en avril 2016, la CPI prononce un non-lieu au bénéfice du vice-président kenyan William Ruto et du présentateur de radio Joshua Arap Sang, poursuivis dans le même dossier.
"La campagne d'intimidation des témoins que nous avons observée dans cette affaire a été méthodique, considérable et très bien financée", réagit Mme Bensouda. "Le dossier a été miné par des interférences sérieuses et un climat hostile".
- Omar el-Béchir
Président du Soudan depuis 1993, Omar el-Béchir est visé par deux mandats d'arrêt délivrés par la CPI en 2009 et 2010 pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis au Darfour, province de l'ouest du pays en proie depuis 2003 à une guerre civile qui a fait 330.000 morts, selon l'ONU.
M. Béchir continue toutefois à voyager dans certains pays sans être inquiété. Il a notamment participé à des sommets en Afrique du Sud en 2015 et en Jordanie en 2017. Dans les deux cas, les pays hôtes, bien que signataires du traité de la CPI, ont refusé de l'arrêter en estimant qu'il jouissait de l'immunité en tant que chef d'Etat en exercice.
- Accusations d'anti-africanisme
La majorité des procédures de la CPI concernent jusqu'à présent des pays africains, ce qui a valu à la Cour de nombreuses critiques sur le continent, notamment de l'Union africaine qui a dénoncé une "sorte de chasse raciale".
Ont notamment été condamnés des chefs de guerre congolais et un jihadiste malien.
La Cour se défend en soulignant que nombre de plaintes dont elle a été saisie émanent de gouvernements africains.
En octobre 2016, le ministre sud-africain de la Justice Mike Masutha accuse la CPI de "préférer de toute évidence viser des dirigeants en Afrique". Dans la foulée, l'Afrique du Sud claque la porte de la CPI mais revient sur sa décision en 2017.
Le Burundi, où la procureure de la CPI a lancé une enquête en avril 2016 pour des exactions, devient en octobre 2017 le premier pays à quitter la Cour. "La CPI s'est révélée être un instrument politique et une arme utilisée par l'Occident pour asservir" les autres États, affirme le porte-parole de la présidence burundaise Willy Nyamitwe.
