Des survivants du massacre de Srebrenica, en Bosnie, ont appelé lundi la justice internationale à condamner à vie l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic, dont le verdict en appel est attendu le 20 mars.
Comme chaque 11 du mois depuis la fin de la guerre intercommunautaire de Bosnie (1992-1995, 100.000 morts), une centaine de personnes, dont des femmes de Srebrenica, se sont rassemblées dans le centre de Tuzla (nord-est) pour réclamer justice.
Plus de 23 ans après le massacre de Srebrenica, en Bosnie orientale, les deux principaux inculpés, Radovan Karadzic et l'ex-chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic, n'ont pas encore entendu leur verdict définitif.
Karadzic a été condamné en 2016 à 40 ans de prison, en première instance, par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), reconnu coupable notamment du génocide à Srebrenica. Le verdict en appel sera prononcé par le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI) de l'ONU, qui siège à la Haye et qui a pris le relais du TPIY.
"Comme tous les autres survivants du génocide de Srebrenica, je m'attends à ce que Radovan Karadzic soit condamné à perpétuité", a déclaré à l'AFP Amir Kulaglic, un Bosniaque musulman de 59 ans, rescapé de ce massacre.
Quelque 8.000 hommes et adolescents bosniaques ont été tués dans les alentours de Srebrenica en juillet 1995 par les forces des Serbes de Bosnie.
Amir Kulaglic dit que tous les hommes de sa famille ont été tués dans le massacre, dont son père, ses oncles, leurs fils.
Sous une pluie battante, des participants au rassemblement ont tenu des banderoles avec des photos des victimes de ce massacre. D'autres portaient des banderoles en tissu sur lesquelles sont brodés des noms des victimes, l'année de leur naissance et le nom de leur ville natale.
"Est-ce que cette justice tardive est vraiment une justice ?", s'interroge pourtant Amir Kulaglic. "Beaucoup de ceux qui avaient survécu au massacre sont morts avant de ressentir la satisfaction de justice", déplore-t-il.
Hajra Catic, 74 ans, présidente d'une association des mères de Srebrenica, veut surtout, "avant de mourir", retrouver les restes de son fils Nino. Il avait 26 ans en juillet 1995. Pendant la guerre, il était le correspondant à Srebrenica de plusieurs médias bosniens.
"Je cherche depuis 23 ans et je vis pour ce jour où je vais pouvoir l'enterrer, si je trouve ne serait-ce qu'un petit doigt de mon fils, afin de savoir qu'il a une tombe", dit cette femme dont le mari, Junuz, lui aussi tué dans le massacre, a été retrouvé dans une fosse commune et enterré en 2005.
Radovan Karadzic est également mis en cause pour le siège de Sarajevo, ainsi que pour le déplacement des populations sur des bases ethniques dans plusieurs autres villes du pays.
Ratko Mladic a été condamné à perpétuité en première instance.
