Violences sexuelles dans les conflits: Berlin face à une forte opposition à l'ONU

L'Allemagne négocie avec ses 14 partenaires du Conseil de sécurité de l'ONU un projet de résolution accentuant la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits, mais se heurte à une très forte résistance des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine, selon des diplomates.

Membre non permanent et présidente en exercice du Conseil de sécurité en avril, l'Allemagne a l'objectif de faire adopter sa résolution mardi à l'occasion d'un vaste débat intitulé "Femmes, paix et sécurité: la violence sexuelle dans les conflits".

Plusieurs ministres doivent y participer, dont le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas. Les prix Nobel de la Paix 2018 congolais Denis Mukwege et yazidie Nadia Murad, ainsi que l'avocate libano-britannique Amal Clooney, sont également attendus à ce débat.

La résolution proposée par l'Allemagne est "ambitieuse", mais "les discussions sont compliquées" et "des questions très difficiles sont encore pendantes avec les Etats-Unis, la Russie et la Chine", selon une source diplomatique.

Le texte "est fortement axé sur la mise en responsabilité" des auteurs de violences sexuelles dans les conflits, parle "d'avortements, de planning familial", de la création d'un "mécanisme" pour sanctionner le recours aux abus sexuels dans les conflits.

Comme pour chaque texte évoquant la justice internationale, les Etats-Unis ne veulent pas de mention relative à la Cour pénale internationale, qu'ils ne reconnaissent pas. Aux positions très conservatrices, l'administration de Donald Trump refuse aussi toute mention pouvant être interprétée comme un encouragement à l'avortement, a-t-on précisé de sources diplomatiques.

La Russie est de son côté opposée à la création d'un "mécanisme" onusien permettant de contribuer à poursuivre des auteurs présumés d'abus sexuels, selon un diplomate.

La France, qui soutient le projet de résolution allemand à l'ONU, avait poussé le 6 avril le groupement des sept pays les plus industrialisés de la planète (G7) à se mobiliser contre les violences sexuelles dans les conflits, via la création d'un mécanisme d'alerte en cas de viols de masse utilisés comme arme de guerre.

Ce mécanisme "permettrait de faire remonter assez rapidement des situations de viol de masse, les signaler, les dénoncer à la communauté internationale et de déclencher un mécanisme de preuves immédiates", selon une source diplomatique française.

Le G7 s'était aussi prononcé sur la nécessité de mieux "répondre aux besoins" des victimes, y compris des enfants nés de viols en période de conflit, qui est aussi l'une des pierres angulaires du projet de résolution allemand, selon un diplomate onusien.

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