Des experts en droits humains de l'ONU demandent une enquête sur les abus aux Philippines

Des experts indépendants des Nations unies ont appelé vendredi les Etats membres du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à ouvrir une enquête sur les graves violations des droits humains aux Philippines.

"Nous sommes extrêmement préoccupés par le nombre élevé de meurtres qui sont perpétrés dans tout le pays dans un climat apparent d'impunité officielle et institutionnelle", ont-ils indiqué dans un communiqué.

"Nous avons enregistré un nombre ahurissant d'homicides perpétrés par la police dans le contexte de la guerre contre la drogue, ainsi que d'assassinats de défenseurs des droits humains", ont-ils ajouté.

Cet appel est signé par 11 experts de l'ONU, dont le président du groupe de travail sur la détention arbitraire et les rapporteurs sur la situation des défenseurs des droits humains et sur les exécutions extrajudiciaires.

"Compte tenu de l'ampleur et de la gravité des violations des droits humains signalées, nous demandons au Conseil des droits de l'Homme d'ouvrir une enquête indépendante sur les violations des droits humains aux Philippines", ont déclaré ces experts, alors que la prochaine session du Conseil s'ouvre fin juin à Genève.

Ils soulignent que "très peu d'enquêtes indépendantes et efficaces ont été menées", tandis que "des médias et des journalistes indépendants sont menacés" et que "l'indépendance du pouvoir judiciaire est compromise".

Le président philippin Rodrigo Duterte "a lui-même publiquement intimidé des défenseurs des droits humains, des rapporteurs spéciaux des Nations unies et même des juges de la Cour suprême", ont-ils fait valoir.

Ils ont aussi argué qu'"il a publiquement dénigré les femmes par des déclarations sexistes", "incité à la violence contre des trafiquants de drogue présumés et d'autres personnes" et "menacé de bombarder les écoles des peuples autochtones Lumad de l'île de Mindanao".

M. Duterte s'est singularisé depuis son arrivée à la tête de l'archipel en 2016 par ses tirades ordurières, ses menaces et un langage sans filtre totalement inhabituel à ce niveau de responsabilités.

Il est la cible de critiques des capitales occidentales en raison de sa politique violente de lutte contre le trafic de drogue et de ses propos, mais conserve une très forte popularité dans l'archipel.

M. Duterte s'est engagé à rétablir la peine capitale pour les crimes liés au trafic de drogue dans le cadre de sa campagne contre les stupéfiants, au cours de laquelle des milliers de trafiquants et de consommateurs présumés ont péri. Des associations estiment que le bilan pourrait relever du crime contre l'humanité.

"Il y a maintenant des milliers de familles en deuil aux Philippines. Nous appelons la communauté internationale à faire tout son possible pour qu'il n'y en ait plus", ont conclu les experts de l'ONU.

Justice Info est sur Bluesky
Comme nous, vous étiez fan de Twitter mais vous êtes déçus par X ? Alors rejoignez-nous sur Bluesky et remettons les compteurs à zéro, de façon plus saine.