L'ancien guérillero kosovar Ramush Haradinaj a quitté mardi Pristina pour la Haye, où la justice internationale entend l'interroger sur des suspicions de crimes de guerre durant le conflit contre les forces serbes (1998-99), a annoncé la télévision publique RTK.
"Les combattants de la liberté ont toujours été en ligne avec ce qui est juste!", a écrit sur Facebook Ramush Haradinaj, qui a annoncé le 19 juillet sa démission de son poste de Premier ministre, en raison de cette convocation.
Il a quitté Pristina dans l'après-midi à bord de l'avion privé du ministre des Affaires étrangères, Behgjet Pacolli, a précisé RTK.
Les médias kosovars envisagent pour mercredi un interrogatoire de cet ancien commandant de l'Armée de libération du Kosovo (UCK).
Créé en 2015, le tribunal pénal international est chargé d'enquêter sur les crimes présumés commis par la guérilla albanaise (UCK) au Kosovo contre des Serbes, des Roms et des opposants albanais à l'UCK pendant et après le conflit de 1998-99.
Composé de juges internationaux, ce tribunal est toutefois une instance de droit kosovar, installée à La Haye par souci de protection des témoins.
Le 25 janvier, dans un entretien avec l'AFP, Ramush Haradinaj, acquitté en 2008 par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), avait annoncé qu'il se rendrait à une éventuelle convocation. Mais "ce tribunal fatigue au Kosovo", avait-il ajouté.
"J'ai toujours répondu aux (exigences) des lois nationales et internationales", mais "j'ai ma dignité aussi", avait-il dit.
Ramush Haradinaj ne peut plus être jugé pour les faits pour lesquels le TPIY l'avait acquitté, ni pour ceux qui lui avaient valu d'être arrêté puis retenu quelques mois en France en 2017 à la demande de la justice serbe qui avait délivré un mandat d'arrêt international.
Au Kosovo, les observateurs estiment qu'il pourrait lui être reproché de ne pas avoir empêché des crimes commis par des membres de l'UCK.
Considéré comme un héros par les Kosovars, Ramush Haradinaj opérait dans la région de Dukagjin (ouest), où les combats furent féroces avec des exactions contre des civils de part et d'autre.
Dernier conflit en ex-Yougoslavie, la guerre du Kosovo avait fait plus de 13.000 morts (environ 11.000 Kosovars albanais, 2.000 Serbes et quelques centaines de Roms).
Elle s'était terminée quand une campagne occidentale de bombardements avait contraint les forces serbes à se retirer. Vingt ans après, Belgrade ne reconnaît pas l'indépendance de son ancienne province.
Une trentaine d'anciens membres de l'UCK ont reçu des convocations du tribunal spécial, qui n'a pas encore prononcé d'inculpation. Outre Ramush Haradinaj, le président du parlement Kadri Veseli et surtout le président Hashim Thaçi sont régulièrement cités comme susceptibles d'être convoqués.
