De nombreux Rwandais ont été condamnés par la justice de leur pays, la justice internationale ou celle de pays occidentaux pour des faits liés au génocide des Tutsi il y a trente ans, en 1994.
Nombre de suspects ont fui à l'étranger pour échapper à un procès. Le parquet rwandais estime que la RDC et l'Ouganda accueillent le plus grand nombre de fugitifs (408 et 277 respectivement), et qu'une centaine résident en Europe, principalement en France et en Belgique. D'autres vivent aux Etats-Unis et au Canada.
- Tribunal pénal international pour le Rwanda -
Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a été créé par l'ONU dès novembre 1994.
Basé à Arusha (Tanzanie), il a condamné 62 personnes et en a acquitté 14. Le TPIR a notamment infligé trente ans de réclusion à l'ancien ministre rwandais Augustin Ngirabatware, condamnation confirmée en septembre 2019 après une révision de son procès.
Depuis sa fermeture en 2015, un mécanisme de suivi des tribunaux pénaux de l'ONU (le "Mécanisme") a pris le relais.
Le procès de Félicien Kabuga, "financier" présumé du génocide, s'est ouvert en septembre 2022 devant ce tribunal de l'ONU à La Haye mais a été suspendu en mars 2023 pour raisons de santé. Le tribunal a annoncé deux mois plus tard que l'ancien homme d'affaires était "inapte" à être jugé au cours d'un procès classique, en raison de capacités mentales "considérablement détériorées".
L'octogénaire, arrêté en 2020 près de Paris après vingt-cinq ans de cavale, est accusé d'avoir mis sa fortune et ses réseaux au service des massacres.
- Justice rwandaise -
Depuis le début des procès en 1996, 22 condamnés à mort pour génocide ont été exécutés au Rwanda. Kigali a aboli en 2007 la peine capitale, levant le principal obstacle au transfèrement d'accusés du TPIR à la justice rwandaise.
Entre 2005 et 2012, plus de 12.000 "gacaca", des tribunaux populaires, ont jugé près de 2 millions de personnes, pour un taux de condamnation de 65%.
- Belgique -
En Belgique, en 2001, quatre Rwandais, dont deux religieuses bénédictines accusées d'avoir livré aux miliciens hutu plusieurs milliers de personnes réfugiées dans leur couvent, ont été condamnés à des peines de douze à vingt ans de prison. Il s'agissait du premier procès instruit par une justice civile hors du Rwanda.
Deux notables rwandais ont été condamnés en 2005 pour crimes de guerre, puis un ex-major en 2007 pour les meurtres de dix Casques bleus belges. En 2009, un Rwandais, surnommé le "banquier du génocide", a été condamné à trente ans de réclusion pour crimes de guerre.
En 2019, la condamnation de Fabien Neretsé, ancien haut fonctionnaire rwandais, à vingt-cinq ans de réclusion, a été la première en Belgique à retenir le crime de "génocide". Elle est devenue définitive en 2020.
En décembre, deux Rwandais ont été déclarés coupables de "crimes de guerre" et "crime de génocide". Séraphin Twarhirwa, qui dirigeait une milice d'extrémistes hutu, a été condamné à perpétuité, son co-accusé à l'internement en raison d'un état de démence.
- France -
En France, le premier procès a eu lieu en 2014. Trois hommes ont à ce jour été définitivement condamnés, pour génocide notamment: l'ancien capitaine de la garde présidentielle Pascal Simbikangwa à vingt-cinq ans de réclusion, et deux anciens bourgmestres, Octavien Ngenzi et Tito Barahira, à la perpétuité.
Trois autres doivent encore être jugés en appel: Claude Muhayimana, ancien chauffeur d'hôtel franco-rwandais accusé d'avoir transporté des miliciens (14 ans de réclusion en première instance en 2021); l'ancien gendarme rwandais Philippe Hategekimana, naturalisé français sous le nom de Philippe Manier (perpétuité en 2023); et l'ancien médecin rwandais Sosthène Munyemana (24 ans de réclusion en décembre).
L'ancien préfet rwandais Laurent Bucyibaruta (20 ans de réclusion en 2022) est mort le 6 décembre avant d'avoir pu être jugé en appel.
- Autres pays occidentaux -
Depuis 2009, une dizaine de condamnations ont également été prononcées - pour la plupart des réclusions à perpétuité - en Suède, Finlande, Norvège, Allemagne, Pays-Bas, Etats-Unis et Canada.
