Deux-Sèvres: perpétuité requise au procès d'une spirale meurtrière entre marginaux

Violences, sévices, mutilations, sur fond d'alcoolisation, de possible effet de groupe, et quatre morts au final: la réclusion à perpétuité a été requise lundi au procès d'une inexplicable spirale meurtrière en 2016, dans le milieu des marginaux de la "paisible ville de Niort".

"Du 10 avril au 17 mai 2016, la paisible ville de Niort où il fait bon vivre devient le théâtre de l'indicible", a lancé l'avocat général Thierry Phelippeau, au début de son réquisitoire à la Cour d'assises des Deux-Sèvres, résumant la "monstruosité des actes" jugés depuis 3 semaines -dont une semaine d'interruption due à un cas de Covid.

Cinq hommes de 24 à 60 ans, plus ou moins désinsérés socialement, y comparaissent depuis la fin octobre pour participation à des degrés divers aux meurtres de quatre autres marginaux. C'est l'un des accusés qui avait alerté la police, disant avoir été témoin d'un meurtre, avant que les enquêteurs n'aillent d'une découverte sordide à l'autre: corps démembrés, enterrés ou abandonné dans une cave.

Il y a Vincent, marginal de 45 ans, dont le corps sera retrouvé le premier en mai 2016, nu dans la baignoire d'un appartement, tué à coups de couteaux et portant la trace de 70 plaies diverses dont 18 au crâne, de morceaux de chair découpés..

Puis, les enquêteurs remontant le fil, il y a aussi Pascal, 49 ans, dont des fragments de corps seront exhumés dans le jardin d'un squat. Malik, 19 ans, au corps dépecé lui aussi retrouvé enterré, révélant ce qui a dû être un calvaire de plusieurs jours: multiples coups, sévices sexuels, et... morceaux donnés à un chien. Enfin le cadavre en décomposition de Damien, 37 ans, découvert en juillet sous des détritus, dans la cave d'un immeuble en arrêté de péril.

Aucune explication dominante, aucun sens commun à ces meurtres n'a réellement émergé au procès, pour lequel le huis clos avait été refusé.

- "Cela aurait continué..." -

L'enquête avait dessiné des motifs "essentiellement crapuleux" - ici s'approprier une maigre possession, là une dispute à propos d'un chien, une prétendue dette, investir l'appartement d'un autre - le tout sur fond d'alcoolisation "extrêmement excessive" et de prise de stupéfiants.

Les débats ont aussi évoqué un possible "effet de groupe" - même si l'accusation retiendra un "libre arbitre de chacun"--, voire la volonté d'éliminer un témoin. Les accusés en tout cas n'ont guère aidé lors des débats, entre prostration pour l'un, "je ne me souviens pas" ou "je ne sais pas, j'ai pété les plombs", pour l'autre.

Leur parcours ? Des sans domicile fixe pour la plupart, issus de foyers marqués par l'alcoolisme, les stupéfiants, la violence, le suicide. Deux d'entre eux sont sous curatelle renforcée, deux ont été poursuivis pour vol et violence avec arme.

Pour leur "folie meurtrière", "ces crimes contre l'humanité avec un petit +h+, crimes contre l'humain", l'avocat général a requis lundi la réclusion à perpétuité, avec 22 ans de sûreté, contre le principal accusé Thierry Nicollas, un polytoxicomane de 38 ans, décrit par les autres comme "le boss", et par les experts comme un "meneur dominant", avec un "désir de soumission d'autrui", un "sadisme considérable".

La même peine a été requise contre Loan Malecot, 24 ans, considéré comme son bras droit dans l'action. Contre un troisième accusé décrit comme "déficient intellectuellement", 20 ans de réclusion ont été requis, 16 ans contre un autre pour avoir participé au premier meurtre.

Huit ans, enfin, ont été demandés contre le plus âgé des mis en cause, accusé de coups, et qui est celui qui donna l'alerte. "S'il n'avait pas été là, cela aurait continué...", dira un avocat des parties civiles.

Le verdict est attendu mardi.

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