La Nouvelle-Zélande s'est démarquée mercredi de certains de ses alliés occidentaux en se refusant à qualifier de "génocide" le traitement des Ouïghours par la Chine, expliquant que l'emploi d'un tel terme impliquait au préalable une rigoureuse analyse sur le plan du droit international.
L'administration du président américain Joe Biden, la chambre basse du parlement britannique, les parlements de Belgique, du Canada et des Pays-Bas font partie des institutions étrangères à avoir employé la qualification de génocide pour désigner la répression menée dans l'ouest de la Chine contre la minorité musulmane.
Mercredi, le Parlement néo-zélandais a voté à l'unanimité une motion exprimant une "grave préoccupation" vis-à-vis des violations des droits de l'Homme dans la province du Xinjiang. Le Parti travailliste de la Première ministre Jacinda Ardern avait auparavant exigé que le texte ne mentionne jamais le terme de génocide.
La cheffe de la diplomatie néo-zélandaise Nanaia Mahuta a déclaré au Parlement que la Nouvelle-Zélande avait plusieurs fois fait part de ses inquiétudes à la Chine concernant la situation dans cette province.
Mais elle a expliqué que Wellington ne reconnaissait que les génocides définis comme tels par les juridictions internationales, citant les exemples de la Shoah, du Cambodge ou du Rwanda.
"Nous n'avons pas formellement qualifié de génocide cette situation, et ce n'est pas parce que nous ne nous en préoccupons pas", a-t-il dit.
"Le génocide est le plus grave de tous les crimes internationaux, une qualification légale formelle qui ne doit être utilisée qu'après une analyse rigoureuse d'un point de vue du droit international."
Selon des études d'instituts américains et australien, au moins un million de Ouïghours ont été internés dans des "camps" au Xinjiang et certains soumis à du "travail forcé" et des "stérilisations".
La Chine dément catégoriquement les deux dernières accusations et affirme que les "camps" sont des "centres de formation professionnelle" destinés à éloigner la population de l'extrémisme religieux et du séparatisme, après une série d'attentats attribués à des Ouïghours.
Députée du parti libéral ACT, Brooke van Velden a jugé "intolérable" que la Nouvelle-Zélande se refuse à employer le terme de "génocide" pour ne pas irriter son premier partenaire commercial.
"Le monde nous regarde pour savoir la position que nous allons adopter. Le Parti communiste chinois va-t-il faire de nous le maillon faible de l'Alliance occidentale?", a-t-elle interrogé.
"Nous avons à perdre si nous disons ce que nous pensons. Mais nous avons beaucoup plus à perdre si nous ne le faisons pas."
Les Verts néo-zélandais ont jugé "extraordinairement cruel" d'atténuer la condamnation des actions de la Chine au nom des bonnes relations commerciales.
