Crimes lors des "Troubles": Dublin opposée au projet britannique de cesser les poursuites

Le gouvernement irlandais s'est dit jeudi "profondément alarmé" par le projet du gouvernement britannique de mettre fin aux poursuites pour des crimes commis lors de la sanglante période des "Troubles" en Irlande du Nord.

Le gouvernement britannique a promis de légiférer pour empêcher de nouvelles poursuites pour des infractions commises lors des "Troubles", nom donné à trois décennies de violences dans la province britannique entre catholiques partisans de la réunification avec l'Irlande et protestants favorables à la couronne britannique.

Selon des médias, la mesure s'appliquerait aux soldats britanniques qui sont intervenus pendant ce conflit ainsi qu'aux paramilitaires.

Des exceptions permettraient de poursuivre les crimes de guerre - tels que la torture - commis lors de ce conflit qui a coûté la vie à quelque 3.500 personnes.

"Le gouvernement et moi-même avons été profondément alarmés" par ce projet, a déclaré le vice-Premier ministre Leo Varadkar à la chambre basse du parlement irlandais. "C'est quelque chose que nous ne soutiendrions pas parce que nous soutenons les victimes et les familles qui ont été endeuillées", a-t-il ajouté, estimant qu'"elles ont le droit de savoir ce qui s'est passé et ont droit à la justice."

Le chef de la diplomatie irlandaise Simon Coveney a aussi prévenu sur Twitter que son gouvernement "s'opposerait à toute action unilatérale".

M. Coveney a ajouté que les victimes et l'Irlande du Nord "doivent être la priorité, la seule priorité!".

Mardi, deux anciens soldats britanniques ont été acquittés du meurtre d'un membre de l'IRA en 1972, à l'issue d'un procès dont la tenue avait provoqué la colère des militaires en service et retraités, en pleine période de tensions communautaires ravivées par le Brexit.

Selon l'indice Sutton répertoriant les décès, établi par l'Université d'Ulster, l'armée britannique est responsable d'environ 300 homicides au cours des opérations qui ont officiellement pris fin en 2007.

De nombreuses familles de victimes tuées par l'armée pendant les "Troubles" considèrent que les projets du gouvernement britannique s'apparentent à une amnistie d'État pour meurtre. Des proches de personnes tuées par des paramilitaires sont eux consternés par l'idée d'accorder des grâces à des organisations illégales.

Le Premier ministre Boris Johnson s'était engagé il y a deux ans à mettre fin aux poursuites "vexatoires" envers les soldats britanniques.

Un porte-parole du gouvernement britannique a déclaré "qu'il est clair que le système actuel (...) ne fonctionne pour personne". Il a expliqué que le gouvernement voulait "traiter le passé d'une manière qui aide la société en Irlande du Nord à regarder en avant plutôt qu'en arrière".

Le ministre d'État britannique chargé de l'Irlande du Nord, Brandon Lewis, a rencontré mercredi M. Coveney à Dublin. Le gouvernement irlandais "a fortement déconseillé toute action unilatérale sur des questions aussi sensibles", a indiqué un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

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