Le génocide, tel que celui que l'Allemagne a reconnu vendredi avoir commis en Namibie au début du 20e siècle, est une notion entrée dans le droit international après la Shoah.
D'autres génocides ont été reconnus par la justice internationale ou par des Etats.
- Le génocide, une notion juridique
Le mot génocide a été employé pour la première fois dans un cadre juridique lors de la mise en accusation des responsables nazis dans le procès de Nuremberg en 1945.
L'extermination des Juifs mise en oeuvre par les nazis en Europe en 1939-45 a fait six millions de morts. Tous les pays occupés ou alliés au IIIe Reich ont fait déporter des Juifs dans les camps d'extermination, sauf le Danemark et la Bulgarie. Des tziganes et des homosexuels ont aussi été déportés.
En droit international, le génocide est reconnu depuis 1948 par la convention des Nations unies, qui énumère une série de crimes le constituant, dont le meurtre commis "avec l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux".
- La Namibie, premier génocide
L'Allemagne a reconnu vendredi pour la première fois avoir commis "un génocide" en Namibie contre les populations des Herero et Nama pendant l'ère coloniale, au terme de cinq ans d'âpres négociations entre les deux pays.
Le massacre de dizaines de milliers de Herero et de Nama par les colons allemands à partir de 1904 en Namibie était déjà considéré par des historiens comme le premier génocide du 20e siècle.
- L'Arménie
L'Arménie qualifie de génocide le massacre d'un million et demi d'Arméniens par les troupes de l'empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale.
Le génocide arménien est reconnu par plus de vingt pays, dont les Etats-Unis depuis avril, ainsi que par de nombreux historiens.
La Turquie, issue du démantèlement de l'empire ottoman en 1920, reconnaît des massacres mais récuse fermement le terme de génocide, évoquant une guerre civile en Anatolie, doublée d'une famine, dans laquelle 300.000 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort.
- Cambodge
Sous les Khmers rouges (avril 1975-janvier 1979), quelque deux millions de Cambodgiens - environ un quart de la population - sont morts d'épuisement, famine, maladie ou à la suite de tortures et d'exécutions.
Nuon Chea, idéologue du régime, et Khieu Samphan, les deux derniers hauts dirigeants alors en vie du régime, ont été condamnés en novembre 2018 pour génocide par un tribunal parrainé par l'ONU. Nuon Chea est décédé l'année suivante.
- Le génocide rwandais
Le génocide commis en 1994 au Rwanda, à l'instigation du régime extrémiste hutu alors au pouvoir, a fait plus de 800.000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsi, mais aussi chez les Hutu modérés, selon l'ONU.
Les massacres à grande échelle ont débuté après un attentat contre l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, qui était soutenu par Paris.
La France a mis en place, avec le feu vert de l'ONU, l'opération militaro-humanitaire "Turquoise", qui lui vaudra d'être accusée par le Front patriotique rwandais (FPR) de protéger les génocidaires.
Le président français Emmanuel Macron a reconnu jeudi à Kigali les "responsabilités" de la France dans ce génocide. Sans présenter d'excuses, il a dit espérer le pardon des victimes.
- Srebrenica
Dans l'est de la Bosnie, le massacre de Srebrenica, lors duquel près de 8.000 garçons et hommes musulmans ont été assassinés en 1995 par les Serbes de Bosnie, a été reconnu en 2007 comme génocide par la Cour internationale de justice (CIJ). L'ex-chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic a été condamné en 2019 à la prison à vie.
- Soudan
Au Soudan, l'ex-président Omar el-Béchir, destitué en avril 2019, est visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide au Darfour, où un conflit a fait plus de 300.000 morts depuis 2003.
- Les Rohingyas en Birmanie
La Birmanie a été accusée de "génocide" envers la minorité musulmane des Rohingyas par la Cour internationale de justice (CIJ).
La Cour pénale internationale (CPI) a également ouvert une enquête sur les atrocités commises à l'encontre des Rohingyas.
Depuis août 2017, environ 740.000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh pour fuir les exactions de militaires birmans et de milices bouddhistes. Le nombre exact de Rohingyas tués au cours des violences n'est pas connu, mais s'élèvent à plusieurs milliers selon des ONG.
