Si elle échoue une troisième fois au second tour de la présidentielle, Keiko Fujimori, 46 ans, ne voit pas seulement s'écrouler 15 années de labeur depuis la reprise en main du parti politique de son père, mais surtout se profiler un futur qui pourrait faire étape par la case prison.
Loin derrière son rival de gauche radicale, Pedro Castillo, qui possédait mercredi soir près de 72.000 voix d'avance alors que près de 100% des bulletins ont été dépouillés, la victoire semble difficilement atteignable pour la représentante de la droite populiste. Même si des recours devant la justice électorale sont encore possibles: Mme Fujimori a ainsi demandé mercredi soir l'invalidation de près de 200.000 votes.
Mais son destin apparaît cruel au regard des simples chiffres électoraux.
Si en 2011 elle avait été nettement battue (51,4% contre 48,4%), elle pourrait se mordre les doigts de manquer d'un rien, à deux reprises, la consécration de toute une vie: devenir la première femme présidente du Pérou.
En 2016 face à Pedro Pablo Kuczynski elle a perdu sur une marge infime de 42.597 voix (50,12% contre 49,88%). Furieuse de ce coup du sort elle avait vivement contesté, criant à la fraude, avant de reconnaître bien plus tard "une erreur".
Une défaite en 2021 pourrait amener la fille de l'ancien président Alberto Fujimori (1990-2000), qui purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l'humanité, à ne plus se relever.
L'héritière du fujimorisme, ce mélange de populisme autoritaire, de conservatisme sociétal et de libéralisme économique, a passé la moitié de sa vie en politique.
En 1994, à l'âge de 19 ans, la séparation de ses parents l'avait contrainte à devenir une sorte de Première dame de substitution.
Quand son père démissionne de la présidence en 2000 en plein scandale et se réfugie au Japon, elle reste au Pérou.
Elle s'accroche, puis prend les rênes du parti Fuerza Popular pour relancer en 2006, à la demande de son père, le fujimorisme.
Elue députée, elle se taille une réputation de belliqueuse et accède par deux fois, en vain, au second tour de la présidentielle.
Elle n'était pas favorite le 11 avril dernier lors d'un premier tour à 18 candidats. Pourtant elle est arrivée à rassembler autour de son nom pour arriver en seconde position.
- Fin du Fujimorisme -
Mère de deux adolescentes, formée aux Etats-Unis et mariée à un Américain, elle bénéficie de la popularité de son père dans une partie du pays. Beaucoup de Péruviens lui reconnaissent, malgré les scandales, d'être venu à bout de la guérilla d'extrême gauche du Sentier lumineux (1980-2000) et de l'hyperinflation léguée par son prédécesseur.
Keiko Fujimori voyait également dans cette élection un passeport pour l'immunité présidentielle.
Avant le scrutin elle a déjà passé 16 mois en détention provisoire pour de supposés pots-de-vin reçus de la société de construction brésilienne Odebrecht pour financer ses campagnes électorales passées.
Le géant brésilien du BTP a reconnu avoir arrosé de liquide des dizaines de responsables politiques latino-américains et pas moins de quatre ex-présidents péruviens, dont un s'est suicidé, ont été impliqués dans ce scandale.
Le bureau du procureur a obtenu fin 2019 l'aveu d'un ancien cadre d'Odebrecht, Luiz Eduardo da Rocha Soares, portant sur un dessous de table d'un million de dollars pour payer la campagne de Fuerza popular en 2011.
Au terme de 28 mois d'enquête, le procureur chargé de l'affaire, José Domingo Pérez, a inculpé 41 autres personnes pour des délits présumés de "crime organisé, blanchiment d'argent, entrave à la justice, fausse déclaration".
Début mars, 30 années de prison ont été requises contre elle par le parquet et 22 ans contre son mari, Mark Vito Villanella.
En mai, pour éviter un "risque de fuite", un juge lui a refusé l'autorisation de se rendre en Equateur pour une conférence internationale sur la démocratie à laquelle elle était invitée par le prix Nobel péruvien Mario Vargas Llosa.
"L'enjeu est important si elle perd le procès suivra", estime l'analyste Augusto Alvarez, chroniqueur du quotidien La República. "Et je crains que le fujimorisme ne s'en relèvera pas", dit-il à l'AFP.
Le bureau du procureur a également demandé la dissolution du parti Fuerza popular qui a remporté début avril 24 sièges sur 130 au Parlement qui entrera en fonction le 28 juillet.
