Un juge examine à partir de lundi la demande de placement en détention préventive de la candidate à la présidentielle Keiko Fujimori, soupçonnée de blanchiment d'argent, alors que le Pérou ne connaît toujours pas l'issue du scrutin du 6 juin.
L'audience a débuté à 15H00 heure locale (20H00 GMT) en présence de Mme Fujimori, son avocate et le procureur anticorruption José Domingo Pérez qui a demandé son placement en détention.
Initialement prévue en virtuel en raison de la pandémie de coronavirus, l'audience a finalement lieu en présentiel après une demande de la défense, acceptée par le juge Victor Zuñiga.
Le procureur Pérez s'était opposé à cette requête, estimant que la défense de la candidate souhaitait politiser l'audience en plein contexte électoral. Plusieurs dizaines de partisans de Mme Fujimori se trouvaient d'ailleurs devant le tribunal.
Le juge a jusqu'à trois jours pour rendre sa décision, mais pourrait en faire part avant ce délai.
Le procureur José Domingo Pérez a demandé le 10 juin que la liberté conditionnelle dont jouit la candidate de la droite populiste soit "révoquée" et a demandé "à nouveau une détention préventive" à son encontre.
Il lui reproche d'avoir rencontré un témoin dans une affaire de blanchiment d'argent et de financement illicite de ses campagnes présidentielles passées pour laquelle elle a déjà effectué seize mois de prison préventive.
Keiko Fujimori "enfreint systématiquement les règles de conduite consistant à ne pas communiquer avec les témoins", a plaidé à l'audience M. Pérez, qui a qualifié l'attitude de la candidate de "provocatrice".
Mme Fujimori a pu se présenter à l'élection bien qu'elle fasse l'objet d'une enquête sur de présumés pots-de-vin reçus de la société de BTP brésilienne Odebrecht pendant ses campagnes de 2011 et 2016, des accusations qu'elle rejette.
Libérée de prison en mai 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, elle a interdiction de voyager hors du Pérou ou de communiquer avec des coaccusés ou des témoins dans cette affaire.
Au terme de 28 mois d'enquête, le procureur Pérez a inculpé 41 autres personnes pour des délits présumés de "crime organisé, blanchiment d'argent, entrave à la justice, fausse déclaration".
Si elle échoue une troisième fois au second tour de la présidentielle, Keiko Fujimori, 46 ans, sera jugée dans le cadre de cette affaire pour laquelle le parquet a requis contre elle fin mars trente ans de prison.
En cas de victoire, elle bénéficiera de l'immunité présidentielle pour au moins cinq ans.
Son rival Pedro Castillo, un instituteur et syndicaliste de 51 ans, candidat de la gauche radicale, est en tête du deuxième tour avec 50,12% des suffrages, soit une avance d'environ 44.000 voix.
Le Jury national électoral (JNE), qui doit proclamer les résultats, étudie encore les recours déposés par les candidats.
La fille de l'ancien président Alberto Fujimori (1990-2000), emprisonné pour corruption et crime contre l'humanité, est persuadée de pouvoir inverser le résultat.
La décision du JNE pourrait prendre encore plusieurs jours.
