Les Serbes de Bosnie ont officiellement rejeté vendredi l'interdiction récente par le Haut représentant international du déni du génocide et ont adopté une législation prévoyant de lourdes peine de prison pour ceux qui qualifient leur entité de "génocidaire".
Réunis une semaine après la décision du diplomate autrichien Valentin Inzko, les députés du Parlement de l'entité serbe de Bosnie, la Republika Srpska (RS), ont voté une loi sur la "non application" de son acte et une autre prévoyant des peines jusqu'à quinze ans de prison pour "violation de la réputation de la Republika Srpska".
"Nous ne permettrons plus jamais que quelqu'un nous qualifie de +génocidaires+ (...) et qu'on nous humilie", a expliqué à la presse, après le vote, le président du Parlement de la RS, Nedeljko Cubrilovic.
Par le passé, certains responsables ou dignitaires politiques bosniaques (musulmans) ont qualifié l'entité des Serbes de Bosnie de "construction génocidaire", en faisant référence au massacre de Srebrenica et à d'autres crimes et expulsions des non Serbes pendant le conflit intercommunautaire (1992-95), qui a fait près de 100.000 morts.
Une semaine avant la fin de son mandat, Valentin Inzko a pris le 23 juillet cette décision qui a provoqué l'ire des représentants politiques des Serbes de Bosnie.
Ils avaient aussitôt annoncé le boycott des institutions centrales de ce pays divisé, ce qui pratiquement signifie leur blocage.
Le massacre de Srebrenica, qualifié de génocide par la justice internationale, est souvent minimisé par des responsables politiques serbes, en Bosnie et en Serbie, qui généralement parlent d'un "grand crime".
Commis quelques mois avant la fin du conflit bosnien, le massacre de Srebrenica (Est), dans lequel les forces serbes bosniennes ont tué environ 8.000 hommes et adolescents bosniaques, a été qualifié d'acte de génocide par la justice internationale.
Le Haut représentant, dont le rôle est de veiller au respect de l'accord de paix de Dayton (Etats-Unis), est doté de pouvoirs discrétionnaires lui permettant d'imposer des lois ou de limoger des élus.
Le chef politique des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, a de nouveau défié lundi Valentin Inzko en réitérant ses propos sur le massacre de Srebrenica.
"Il n'y a pas eu de génocide et cette qualification ne peut pas être collée aux événements de Srebrenica", a-t-il dit.
En poste depuis douze ans, Valentin Inzko passera la main dimanche à l'ex-ministre allemand de l'Agriculture, Christian Schmidt, dont la nomination par un Conseil de mise en oeuvre de la paix a été contestée par la Russie et la Chine.
