Nicaragua : Daniel Ortega, de guérillero à éternel candidat à la présidence

L'ancien guérillero sandiniste Daniel Ortega qui a officiellement déposé lundi sa candidature à l'élection présidentielle du 7 novembre au Nicaragua, s'inscrit dans la longue cohorte des révolutionnaires qui s'accrochent au pouvoir.

A 75 ans, Daniel Ortega brigue un quatrième mandat présidentiel consécutif depuis 2007. Il avait déjà dirigé le pays de 1979 à 1990.

Sans surprise, Rosario Murillo, son épouse âgée de 70 ans, et sa vice-présidente depuis 2017, complète le "ticket" présidentiel. C'est en exil au Venezuela que le chef de l'Etat a rencontré sa future femme, dont il avait lu les poèmes en prison.

Le couple dirige d'une main de fer le Parti sandiniste de libération nationale (FSLN, ex-guérilla, au pouvoir) et conserve un contrôle absolu sur les institutions de l'Etat : armée, police, Parlement, Tribunal électoral...

Daniel Ortega et Rosario Murillo, qui ont eu sept enfants ensemble, "sont capables de tout" pour se maintenir au pouvoir, qui est leur "raison de vivre", assurait récemment à l'AFP Zoilamerica Narvaez. Elle est la belle-fille du président nicaraguayen, qu'elle a accusé en 1998 d'abus sexuel, avant de devoir s'exiler après que sa mère Rosario Murillo a choisi de soutenir son mari.

"Ortega est roublard. On ne peut pas attendre de lui qu'il joue franc-jeu", renchérit l'ancien guérillero Moises Hassan, qui a pris ses distances.

Depuis début juin, 31 opposants, dont sept candidats potentiels à la présidence et d'anciens compagnons d'arme, ont été placés en détention en vertu de législations adoptées fin 2020.

La première à avoir été arrêtée est la plus menaçante de ses possibles rivaux : Cristiana Chamorro, la fille de Violeta Chamorro, qui l'a battu dans les urnes en 1990.

L'ex-guérillero, qui échouera ensuite deux fois à se faire élire, en 1996 et 2001, avant de pouvoir revenir au pouvoir en 2007, garde une rancune tenace contre la famille Chamorro.

- "Pas un pouce de terrain" -

Daniel Ortega est réputé pragmatique et calculateur. Il a su conquérir une vraie popularité chez les plus déshérites dans ce pays le plus pauvre d'Amérique centrale.

La population vivant sous le seuil de pauvreté est passée de 42,5% à 29,6% entre 2009 et 2014, font valoir ses partisans qui s'appuient sur les statistiques officielles. Ils citent aussi les programmes alimentaires, de logement ou de crédit populaire.

Mais l'opposition l'accuse d'"autoritarisme, de népotisme et de corruption", et le couple présidentiel porte le stigmate des plus de 300 morts de la féroce répression des manifestations de 2018 qui réclamaient sa démission, selon le bilan des organisations de défense des droits humains.

Daniel Ortega a accusé les opposants descendus dans la rue d'être des "terroristes" cherchant à le renverser avec le soutien de Washington, et il a condamné les sanctions internationales contre son gouvernement, accusé de crime contre l'humanité.

"Si quelqu'un croit que Daniel (Ortega) va céder ne serait-ce qu'un pouce de terrain et mettre en danger son objectif de rester au pouvoir, il se trompe", avertit Vilma Nunez, présidente du Centre nicaraguayen des droits de l'homme (Cenidh).

La Cour des comptes n'a pas instruit les accusations portées contre le président d'enrichissement personnel pendant ses années au pouvoir. Mais selon l'écrivain et économiste Enrique Saenz, Daniel Ortega est désormais l'un des hommes "les plus fortunés d'Amérique centrale".

Né le 11 novembre 1945 dans une famille modeste et catholique, Daniel Ortega aurait durant son adolescence envisagé la prêtrise, rapporte l'écrivain Fabian Medina dans sa biographie intitulée "Prisonnier 198".

Ce numéro était son matricule de prisonnier pendant sa détention de 1967 à 1974 sous la dictature d'Anastasio Somoza, que la guérilla sandiniste finira par renverser.

Arrivé une première fois au pouvoir en 1979 à la chute de Somoza, Daniel Ortega applique un programme inspiré de l'URSS, s'attirant l'hostilité de Washington qui impose un blocus et soutient les contre-révolutionnaires "contras" dans une guerre civile qui fera 50.000 morts.

Il est ensuite proclamé président en 1984. Il n'a depuis jamais renoncé à son ambition présidentielle. En 2011, il est réélu après un feu vert controversé de la Cour suprême pour un deuxième mandat consécutif.

En 2014, il fait modifier la Constitution pour permettre la réélection illimitée du président.

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