Enquête en France pour "tortures" et "actes de barbarie" visant le président émirati d'Interpol

Le parquet antiterroriste (Pnat) a ouvert une enquête préliminaire pour "torture" et "actes de barbarie" après une plainte d'une ONG visant l'Emirati Ahmed Nasser Al-Raisi, président d'Interpol depuis novembre, a appris l'AFP jeudi auprès d'une source judiciaire.

L'ONG Gulf Centre for Human rights (GCHR) considère M. Al-Raisi comme l'un des responsables de tortures visant l'un des principaux opposants émiratis, Ahmed Mansoor, par ses fonctions de haut responsable au ministère de l'Intérieur des Emirats arabes unis.

La source judiciaire n'a pas indiqué à quelle date l'enquête du Pnat, compétent en matière de crimes contre l'humanité, avait été ouverte.

Selon deux sources proches du dossier, elle a été confiée aux gendarme de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCH).

William Bourdon, avocat du GCHR, a indiqué à l'AFP que "dès lors qu'une enquête préliminaire a été ouverte, et elle s'imposait du fait de la présence du mis en cause en France" du fait de ses fonctions à Interpol, "il est totalement incompréhensible que le Pnat n'ait pas fait interpeller M. Al-Raisi alors qu'il avait la possibilité de le faire".

"Si une immunité devait être invoquée par le général Al-Raisi, elle ne peut l'être que par le mis en cause, et certainement pas par le Pnat qui ne doit pas se substituer à lui", a-t-il mis en garde.

Selon l'analyse de l'avocat, M. Al-Raisi serait l'un des responsables actuels de ces tortures, ce qui serait un motif d'exception à l'immunité diplomatique dont il bénéficie selon l'accord de 2008 régissant les relations entre la France et Interpol, organisation dont elle accueille le siège.

L'avocat a ajouté que son client Khalid Ibrahim, directeur du GHCR, avait été entendu par les gendarmes de l'OCLCH le 18 mars.

M. Al-Raisi avait déjà été visé par deux plaintes, dont l'une avait été déposée par le GCHR, déjà, le 7 juin.

Ces deux plaintes avaient été classées par le Pnat pour absence de compétence: l'intéressé ne résidait pas en France et ne se trouvait pas sur le sol français.

En janvier, l'organisation avait déposé la nouvelle plainte simple qui a conduit à cette enquête, soulignant que M. Al-Raisi se trouvait cette fois à Lyon, tweets d'Interpol à l'appui.

D'autres tweets plus récents, début mars, l'ont montré à nouveau en France.

Outre ses fonctions auprès d'Interpol depuis novembre, à temps partiel, non rémunérées et essentiellement honorifiques, Ahmed Nasser Al-Raisi est inspecteur général du ministère de l'Intérieur des Emirats arabes unis depuis 2015.

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