Le Chili et la Bolivie s'affrontent à nouveau devant la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye à partir de vendredi, cette fois-ci sur l'exploitation du fleuve transfrontalier Silala.
La Paz considère que le Silala a été dévié artificiellement par le Chili, affirmant que les sources du fleuve se trouvent toutes dans la région de Potosi (sud-ouest de la Bolivie) et alimentent des régions du nord du Chili, sans compensations financières.
Santiago soutient de son côté que ce fleuve frontalier est sur un territoire international et estime avoir le droit d'accéder à son eau.
Le Chili avait saisi la plus haute juridiction de l'ONU en 2016 pour contester l'exploitation du Silala, demandant à la Cour de déclarer le Silala fleuve international et de stipuler son utilisation "équitable et raisonnable".
L'ancien président bolivien Evo Morales avait quelques mois plus tôt annoncé que son pays poursuivrait le Chili devant la CIJ au sujet de ce fleuve, mais Santiago avait été plus rapide.
La Paz avait finalement porté plainte en 2018, arguant qu'une partie importante du cours d'eau qui coule vers le Chili avait un caractère artificiel et que Santiago doit payer pour son utilisation.
Les audiences commencent vendredi à 15H00 (13H00 GMT) avec les arguments du Chili, et se terminent le 14 avril.
L'ancien président bolivien Evo Morales avait cherché à utiliser le différend sur le fleuve comme monnaie d'échange dans une affaire distincte devant la CIJ, dans laquelle La Paz avait exigé de contraindre Santiago à négocier un accès souverain à l'océan Pacifique.
La CIJ avait en 2018 douché les espoirs de la Paz de retrouver un accès à la mer, affirmant que le Chili ne pouvait pas être tenu de négocier avec son voisin bolivien, enclavé à l'issue d'une guerre de quatre ans contre le Chili en 1883.
À l'époque, M. Morales a menacé de réduire le débit du Silala dans le désert aride d'Atacama au Chili et d'imposer des frais pour son utilisation.
Les relations entre les deux pays sont suspendues depuis 1978 en raison du différend frontalier sur l'accès à la mer.
- Voies légales -
La CIJ a été créée en 1946 pour régler les disputes entre les Etats. Ses jugements sont contraignants et sans appel, mais la cour n'a aucun moyen de les faire respecter.
Elle n'a pas de date limite pour rendre un verdict, ce qui peut prendre des années.
"Il y a des raisons juridiques bien fondées qui rendent la position chilienne plus solide. Entre autres, parce que la Bolivie a connu quelques changements dans son argumentation au fil du temps (...) Alors que la position chilienne est historiquement plus cohérente", a expliqué à l'AFP Gilberto Aranda, universitaire à l'Université du Chili.
Il a souligné que l'affaire actuelle, contrairement à la lutte pour l'accès à l'océan Pacifique - qui a vu d'intenses campagnes de lobbying et médiatiques des deux côtés - était moins connue du public.
"Cela se fait beaucoup plus selon les voies légales internationales attendues", a déclaré M. Aranda.
