L'ONU a indiqué vendredi avoir documenté plus de quatre cents détentions arbitraires et disparitions forcées par les forces russes en Ukraine ainsi que 51 arrestations arbitraires par les forces ukrainiennes.
Depuis le début de l'invasion ordonnée par le président russe Vladimir Poutine, le Haut-Commissariat aux droits de l'homme rassemble des informations sur une série de violations dont sont victimes les prisonniers de guerre.
La torture notamment, si elle est prouvée devant un tribunal, "serait un crime de guerre", a expliqué Matilda Bogner, qui dirige la mission de surveillance des droits de l'homme en Ukraine, lors d'un point de situation par visioconférence depuis Odessa.
À ce jour, l'ONU a vérifié qu'au moins 416 personnes ont été victimes de détentions arbitraires et de disparitions forcées dans le territoire occupé par la Russie ou dans des zones contrôlées par les forces armées russes et les groupes armés affiliés au moment des faits. Parmi ces personnes, 16 ont été retrouvées mortes et 166 ont été libérées.
La mission a par ailleurs recensé 51 arrestations arbitraires et 30 autres cas pouvant s'apparenter à des disparitions forcées perpétrées par les forces de l'ordre ukrainiennes.
L'ONU a obtenu un "accès sans entrave" aux lieux de détention contrôlés par Kiev, tandis que Moscou n'a pas autorisé l'accès aux prisonniers de guerre détenus sur son territoire ou dans les zones contrôlées par des forces pro-russes, a indiqué Mme Bogner.
"Cette situation est d'autant plus préoccupante que nous avons documenté que des prisonniers de guerre aux mains" des forces armées russes ou des groupes armés affiliés "ont subi des actes de torture et des mauvais traitements et que, dans certains lieux de détention, ils ne disposent pas de nourriture, d'eau, de soins de santé et d'installations sanitaires adéquats", a-t-elle ajouté.
- Prisonnières de guerre enceintes -
L'ONU a également connaissance d'au moins quatre prisonnières de guerre qui sont enceintes et détenues par Moscou et les groupes armés affiliés.
"Nous demandons instamment à la Fédération de Russie, en tant que puissance détentrice, d'étudier la libération immédiate de ces femmes pour des raisons humanitaires", a déclaré Mme Bogner.
La mission a par ailleurs reçu des informations sur la situation désastreuse dans la prison d'Olenivka, en territoire séparatiste dans l'Est de l'Ukraine, où de nombreux prisonniers de guerre ukrainiens souffriraient de maladies infectieuses, dont l'hépatite A et la tuberculose.
Sur le territoire contrôlé par l'Ukraine, l'ONU a également documenté des cas de torture et de mauvais traitements de prisonniers de guerre, généralement lors de leur capture, au cours des premiers interrogatoires ou de leur transport vers des camps d'internement.
L'ONU a pu visiter un camp de prisonniers de guerre en Ukraine mais la plupart "continuent d'être détenus dans des établissements pénitentiaires, en violation de la règle selon laquelle les prisonniers de guerre ne doivent pas être internés en régime de confinement étroit", a déploré Mme Bogner.
Elle a par ailleurs dénoncé la "détérioration significative" de la situation des droits de l'homme en Crimée, citant des restrictions à l'exercice des libertés fondamentales, la torture et les arrestations arbitraires. Et selon l'ONU, des individus arrêtés à Kherson, occupée par la Russie, ont été acheminés en Crimée.
"Nous craignons que les schémas de violations des droits humains documentés en Crimée depuis 2014 ne se reproduisent dans le territoire nouvellement occupé par la Fédération de Russie à travers l'Ukraine", a-t-elle dit.
La mission doit publier le 27 septembre un rapport complet sur l'impact de l'invasion russe sur les droits humains en Ukraine.
