Quelque 4.000 parties civiles, plus d'une centaine de témoins, des milliers de pages de procédure... Le procès fleuve de Khieu Samphan, dernier haut dirigeant khmer rouge en vie, s'est terminé jeudi avec sa condamnation en appel à la perpétuité, pour génocide.
- 13 janvier 2011: l'idéologue du régime Nuon Chea, le chef d'Etat Khieu Samphan, son ministre des Affaires étrangères Ieng Sary et la ministre des Affaires sociales, Ieng Thirith, sont renvoyés devant le tribunal international de Phnom Penh (CETC), parrainé par l'ONU.
Ieng Thirith est libérée l'année suivante, considérée inapte à être jugée pour cause de démence, et meurt en 2015. Son mari, Ieng Sary, décède en 2013, à 87 ans
- 27 juin 2011: le procès s'ouvre, mais trois mois plus tard les juges, pour tenter d'accélérer la procédure, décident de scinder les débats: un premier procès se concentre sur les "crimes contre l'humanité", un second sur les accusations de "génocide".
- 23 novembre 2011: Khieu Samphan dénonce à l'audience les "contes de fées" de l'accusation, assurant n'avoir pas été au courant des "horreurs" commises pendant la période au pouvoir des Khmers rouges (1975-1979) et avoir agi à cette époque "dans le but de défendre (son) pays".
Il est notamment défendu par le ténor français du barreau Jacques Vergès, décédé depuis.
Nuon Chea, confronté à un documentaire dans lequel il revendique avoir exterminé des "traîtres", rejette une nouvelle fois la faute sur les Vietnamiens, qui ont chassé du pouvoir les Khmers rouges.
- 18 octobre 2013: le ministère public requiert la prison à vie pour les deux anciens dirigeants qui ont "tué pour le pouvoir", quitte à "déshumaniser" et transformer le Cambodge en "pays d'esclaves" sous un régime qui a fait deux millions de morts.
Le tribunal rend, le 7 août 2014, un verdict conforme à ces réquisitions. Les deux hommes sont reconnus coupables de crimes contre l'humanité commis au moment de l'évacuation forcée de la population de Phnom Penh. Cette condamnation est confirmée en appel le 24 novembre 2016.
- 30 juillet 2014: ouverture du second procès qui se penche sur les accusations de génocide des Vietnamiens et de la minorité musulmane cham.
La défense boycotte les débats pendant plusieurs semaines, réclamant la disqualification des juges. L'audience reprend cinq mois plus tard.
- 7 septembre 2015: le génocide des Chams est évoqué pour la première fois. Entre 100.000 et 500.000 membres de la minorité musulmane, sur un total de 700.000, ont été tués entre 1975 et 1979.
- 23 juin 2017: dernier jour d'audience du second procès. Nuon Chea et Khieu Samphan continuent à nier tout génocide.
- 16 novembre 2018: ils sont condamnés à perpétuité pour génocide.
- 4 août 2019: Nuon Chea décède, à l'âge de 93 ans.
- 19 août 2021: lors de son audience en appel, Khieu Samphan nie à nouveau les accusations de génocide. "Quelle que soit votre décision, je mourrai en prison", a-t-il déclaré. "Je suis jugé symboliquement, plutôt que par mes actes réels en tant qu'individu".
- 22 septembre 2022: la Cour confirme la condamnation à la réclusion à perpétuité pour Khieu Samphan pour génocide. Il s'agit de la dernière décision du tribunal, qui doit fermer à l'horizon 2025, faute de dirigeants encore en vie.
