La Chine a dépêché une petite armée de responsables du Xinjiang à l'ONU à Genève pour marteler devant la presse sa "vérité" sur ce qui se passe dans cette province, où Pékin est accusé de crimes contre l'humanité.
Le long exposé de plus de deux heures - la presse n'a pu poser que trois questions - s'est tenu dans la petite salle de presse du siège de l'ONU sur fond du célèbre emblème bleu ciel de l'organisation internationale.
Sur le podium, six représentants du Xinjiang, dont Xu Guixiang, directeur d'information de cette région, un imam et une responsable d'université pour contrer presque ligne par ligne le rapport de la Haute-Commissaire aux droits de l'homme Michelle Bachelet.
Il accuse la Chine de persécuter les minorités du Xinjiang, et en premier lieu les Ouïghours.
"Face aux idées fausses du rapport (de l'ONU, NDLR), nous voulons rétablir la vérité et clarifier les faits", a assuré M. Xu, à l'ouverture de ce qui avait été présenté comme une conférence de presse.
"Nous voulons profiter de cette occasion pour demander à la communauté internationale d'être lucide sur la vérité et les faits relatifs à la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme au Xinjiang, et de faire le bon choix entre le bien et le mal, entre le côté clair et le côté sombre, entre ce qui est progressiste et ce qui est rétrograde", a-t-il conclu, deux heures plus tard.
Depuis plusieurs années, la Chine est accusée -preuves matérielles et documents à l'appui- par des pays occidentaux et des organisations de défense des droits de l'Homme d'avoir enfermé au Xinjiang plus d'un million d'Ouïghours et d'autres membres de minorités musulmanes, y compris des Kazakhs, dans des camps. Pékin rejette ces accusations, affirmant combattre le terrorisme et assurer le développement de la région.
Les relations entre la Chine et l'ONU se sont envenimées depuis que Michelle Bachelet a publié in extremis son rapport, quelques minutes avant la fin de son mandat, et malgré l'énorme pression de Pékin pour l'enterrer.
- "Nous n'avons pas peur" -
Dans ce document, l'ONU ne parle pas de génocide mais évoque de possibles "crimes contre l'humanité" et des "preuves crédibles" de tortures et de violences sexuelles et appelle la communauté internationale à agir.
Jeudi, les représentants du Xinjiang ont tour à tour démonté les accusations de l'ONU et des organisations des droits de l'homme, répétant à l'envi des arguments déjà énoncés par Pékin ou énumérant de longues séries de statistiques sur la croissance de la population au Xinjiang pour démontrer que les minorités n'y sont pas discriminées.
Au contraire, elles disposent de quatre jours de congés de plus par an que le reste de la population en Chine et bénéficient de bilan de santé annuel gratuit, a indiqué M. Xu, en soutenant par la suite que "le Xinjiang est un pays merveilleux".
"Les mosquées du Xinjiang sont protégées par la loi", a assuré pour sa part Muhterem Sherip, vice-président de l'association islamique du Xinjiang et imam à Urumqi (la capitale régionale), qui a accusé le Haut-Commissariat de confondre "le bien et le mal". Plusieurs enquêtes ont démontré la destruction par les autorités d'innombrables minarets.
M. Xu a par ailleurs indiqué que les envoyés de Pékin espéraient rencontrer des responsables du Haut-Commissariat à l'occasion de leur visite à Genève, ainsi que des diplomates.
La Chine exerce actuellement en coulisse à Genève d'importantes pressions sur les pays pour contrer toute initiative à son encontre.
Pékin craint que des pays lancent lors de l'actuelle session du Conseil des droits de l'homme un projet de résolution pour enquêter sur les allégations de violations au Xinjiang.
"Nous n'avons pas peur", a déclaré Xu Guixian. "Nous sommes prêts à nous battre", a-t-il assuré, avant d'appeler les organisations internationales, y compris les organes des Nations unies chargés des droits de l'homme, "d'enquêter sur les catastrophes du passé et les nombreux crimes commis par les États-Unis et d'autres pays occidentaux".
