"Ne nous oubliez pas", implorent des Afghanes lors de la visite d'une secrétaire d'Etat pakistanaise

Un important groupe de militantes afghanes a exhorté la secrétaire d'Etat pakistanaise aux Affaires étrangères, en visite mardi à Kaboul pour discuter des relations bilatérales avec les talibans, à ne pas les abandonner à leur sort.

La visite de Hina Rabbani Khar, qui avait aussi été la première femme ministre des Affaires étrangères au Pakistan en 2011, intervient quelques semaines après que les talibans ont imposé de nouvelles restrictions aux femmes afghanes, leur interdisant l'accès aux jardins publics, fêtes foraines, gymnases et bains publics.

Le rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Afghanistan, Richard Bennett, a déclaré vendredi que le traitement réservé aux femmes et aux filles par les talibans pouvait s'apparenter à un "crime contre l'humanité".

"Vous êtes un exemple de la condition des femmes dans notre pays voisin", a déclaré le Réseau des femmes afghanes, qui représente plusieurs groupes de militantes féministes, dans une lettre ouverte adressée à Mme Khar.

"Nous vous demandons d'utiliser votre visite non seulement en tant que ministre, mais aussi en tant que femme et en tant que dirigeante musulmane pour soutenir les femmes d'Afghanistan et renforcer notre solidarité", a-t-il ajouté.

Le Pakistan entretient des relations compliquées avec les talibans, qu'il est accusé d'avoir aidé en sous-main depuis leur émergence au début des années 1990 puis après l'invasion américaine de l'Afghanistan en 2001, tout en apportant officiellement son soutien à Washington.

Après 2001 et la chute du premier régime taliban, les dirigeants de ce mouvement sont restés en grande partie basés sur le sol pakistanais, en particulier à Quetta (Ouest), d'où ils ont pu recruter et organiser la résistance pendant deux décennies.

Les talibans sont revenus au pouvoir en Afghanistan en août 2021, parallèlement au retrait des troupes américaines et étrangères du pays.

Le Pakistan compte plus d'un million de réfugiés afghans sur son sol. La frontière poreuse entre les deux pays abrite depuis longtemps de nombreux groupes armés, mais est une source de tensions croissantes depuis le retour au pouvoir des talibans à Kaboul.

Le Pakistan leur reproche de laisser les talibans pakistanais du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) planifier à partir de leur sol ses attaques, ce que Kaboul n'a cessé de nier.

Le TTP, un groupe distinct des talibans afghans mais mû par une même idéologie, a mis fin lundi à un cessez-le-feu fragile avec Islamabad et promis de mener des attaques dans tout le Pakistan.

Aucun pays, y compris le Pakistan, n'a encore reconnu le gouvernement taliban et les visites de diplomates étrangers sont rares.

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