L'Ethiopie retire le TPLF, parti des autorités rebelles du Tigré, des entités terroristes

Les députés éthiopiens ont retiré mercredi le Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), parti des autorités rebelles de cette région du nord de l'Ethiopie, de la liste des entités terroristes, nouvelle étape majeure de l'application de l'accord ayant mis fin à deux ans de conflit.

Longtemps tout-puissant, le TPLF, qui a gouverné de fait l'Ethiopie durant trois décennies avant d'être progressivement marginalisé à l'arrivée du Premier ministre Abiy Ahmed en 2018, à la faveur de plusieurs mois de contestation populaire, était classé terroriste par les autorités éthiopiennes depuis le 6 mai 2021.

Un conflit armé l'opposait alors depuis novembre 2020 au gouvernement fédéral, auquel a mis fin un accord de paix signé en novembre dernier qui prévoit notamment la levée de cette qualification terroriste.

"La Chambre (...) a adopté la décision de retirer la désignation terroriste au TPLF à la majorité" des voix, indique la Chambre des représentants du Peuple d'Ethiopie sur son compte Facebook, à l'issue de débats fermés à la presse.

"Au cours des débats (...), il est apparu que retirer au TPLF la classification terroriste était indispensable à la mise en oeuvre de l'accord de paix conclu à Pretoria entre le gouvernement fédéral et le TPLF", note la chambre basse.

Elle ne précise pas le nombre de voix en faveur de l'adoption, mais note que 61 députés ont voté contre et cinq se sont abstenus.

Cité par le media Fana BC, proche du Parti de la Prospérité du Premier ministre Abiy Ahmed, Tesfaye Beljige, patron des députés de la majorité au Parlement, a expliqué que "pour empêcher un cercle vicieux dans lequel un conflit répond à un autre, pour mettre fin à la politique de la haine et du mal, il est important de retirer le TPLF de la liste (des entités) terroriste".

Conformément à l'accord de paix, les combats ont cessé, les services de base (électricité, télécommunications, banques...) ont commencé à être rétablis au Tigré et les accès à la région - quasi-coupée du monde durant près de deux ans - rouverts, notamment à l'aide humanitaire dont dépendent 90% de ses six millions d'habitants.

- "Crimes de guerre" -

La levée de la qualification terroriste du TPLF ouvre désormais la voie à la mise en place d'une administration intérimaire au Tigré dirigée par le TPLF, comme le prévoit l'accord de paix de Pretoria.

Abiy Ahmed a envoyé en novembre 2020 l'armée fédérale au Tigré, accusant les autorités de la région qui contestaient son pouvoir depuis plusieurs mois d'y avoir attaqué des bases militaires fédérales.

Le bilan du conflit au Tigré, marqué par de terribles exactions, est difficile à établir, mais les Etats-Unis estiment qu'il a fait environ 500.000 morts, soit plus que l'invasion russe de l'Ukraine.

Lauréat du prix Nobel de la paix en 2019 pour avoir mis fin à 20 ans de guerre ouverte ou larvée entre l'Ethiopie et l'Erythrée voisine, M. Abiy est passé depuis le conflit au Tigré, aux yeux de Washington, de symbole d'une nouvelle génération de dirigeants africains modernes à celui de quasi paria.

Le conflit a privé l'Ethiopie d'une partie de l'aide internationale - et des devises qui l'accompagnent - dont elle dépend et Washington l'a notamment exclu des bénéficies de l'Agoa, mécanisme qui exempt certains pays africains de taxes à l'exportation vers les Etats-Unis.

Lors d'une visite mi-mars à Addis Abeba, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, avait lié la reprise d'un large partenariat économique avec Addis Abeba à "la réconciliation et l'établissement des responsabilités" dans les atrocités.

Lundi, il a accusé tous les belligérants de "crimes de guerre", tout en pointant particulièrement la responsabilité de l'armée fédérale éthiopienne et de ses alliées - armée érythréenne et forces et milices de la région voisine de l'Amhara - dans des "crimes contre l'humanité", sans mentionner le TPLF à ce sujet.

Addis Abeba et Asmara ont dénoncé des accusations "sélectives" et "diffamatoires", l'Ethiopie assurant "continuer à mettre en place toutes les mesures visant à faire rendre des comptes aux responsables" des atrocités du conflit "et faire en sorte que justice soit rendue à toutes les victimes".

Mardi à Genève, la commission de l'ONU chargée d'enquêter sur les violations des droits humains au Tigré a souligné que l'accord de paix ne devait pas empêcher d'enquêter sur les crimes de guerre et contre l'humanité.

Cela "reste plus importante que jamais pour instaurer une paix durable", a déclaré Mohamed Chande Othman, président de ce groupe d'enquêteurs auquel s'oppose Addis Abeba.

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