18.08.05 - TPIR/BAGARAGAZA - UN MEMBRE INFLUENT DE L’ENTOURAGE DE L’EX-PRESIDENT RWANDAIS S’EST REND

Arusha, 17 août 2005 (FH) - L’ancien numéro un de la culture du thé, l'une des principales activités agricoles du Rwanda, Michel Bagaragaza, qui s’est rendu mardi au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) était jusqu'en 1994 , selon les experts, un membre influent du clan de l’ex- président Juvénal Habyarimana.

Dans un livre publié le mois dernier aux éditions Karthala, le sociologue français André Guichaoua, un des meilleurs spécialistes occidentaux du Rwanda, présente l’accusé comme «un élément majeur de l’akazu», le cercle restreint gravitant autour de Habyarimana, et qui est souvent accusé d'avoir pensé et mis en œuvre le génocide.

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Originaire, comme l’ex- président, de la préfecture de Gisenyi (nord), Bagaragaza, aujourd’hui âgé de 60 ans, avait été nommé en 1988, directeur général de la filière thé sur l’ensemble du territoire rwandais. En cette qualité, il contrôlait toutes les plantations et les usines de thé, qui employaient des centaines de personnes à travers le pays. Il a plaidé non coupable des chefs de génocide dont il est accusé.

Dans son livre, le professeur Guichaoua souligne que la filière thé faisait partie des «plus importantes entreprises industrielles du pays» placées depuis 1992 «sous le contrôle de la famille présidentielle et de ses alliés». Pour le procureur général du TPIR, le Gambien Hassan Bubacar Jallow, «la mise en accusation de Michel Bagaragaza résulte d’enquêtes (menées) sur l’akazu».

Bagaragaza était membre du comité local du Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND) pour la préfecture de Gisenyi.

Selon l'acte d'accusation, il aurait pendant le génocide de 1994, «encouragé et aidé» les tueurs en mettant à leur disposition du carburant et des véhicules habituellement utilisés par des usines à thé surtout dans la préfecture de Gisenyi.

Cet acte d’accusation daté du 28 juillet dernier s'appuie notamment sur "la responsabilité pénale du supérieur hiérarchique". L'accusé étant "responsable en ce que ses subordonnés ont commis des actes criminels" confirmant une tendance judiciaire déjà établie au TPIR ainsi qu'au tribunal jumeau de la Haye qui juge les crimes de guerre commis dans l'ex-Yougoslavie.

Bagaragaza s’est rendu dans le cadre d’un «arrangement à l’amiable», selon le chef des poursuites au TPIR, l’Américain Stephen Rapp. Ce dernier, qui n’a pas précisé la nature de cet arrangement, s’est également refusé à révéler le pays d’où est arrivé l’ancien dignitaire hutu.

Après la prise du pouvoir par l’ancienne rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) actuellement aux commandes à Kigali, Bagaragaza s’était réfugié au Kenya.

Plusieurs autres accusés s’étaient déjà rendus au TPIR dont Vincent Rutaganira, un conseiller municipal qui a plaidé coupable. Le prêtre catholique Athanase Seromba, actuellement en jugement, s'est également constitué prisonnier après avoir officié en Italie. On ignore cependant à quel point cette reddition était volontaire ou si la hiérarchie de l'église catholique y a contribué.

Un autre, Omar Serushago affirme être venu volontairement rendre des comptes à la justice internationale alors que le procureur dit l'avoir capturé.

A noter également que le major Bernard Ntuyahaga s’était rendu au TPIR alors qu’il n’était pas formellement accusé. Il a été par la suite relaxé mais se trouve actuellement entre les mains de la justice belge.

La dernière personne à avoir été présentée devant les juges du TPIR était Gaspard Kanyarukiga en juillet 2004.

Michel Bagaragaza est la première personnalité aussi proche de l’ex- président à s'être rendu au TPIR.

ER/PB/AT/GF
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