16.03.10 - RWANDA/FRANCE - UN TEMOIN CONDAMNE POUR CORRUPTION

Kigali, 16 mars 2010 (FH) - Un témoin à décharge dans le nouveau procès pour génocide de Jean Rwabahizi, ancien chauffeur de l'ambassadeur de France au Rwanda, a été condamné samedi à 6 mois de prison pour tentative de corruption, a-t-on appris mardi.
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Selon plusieurs militants locaux des droits de l'homme ayant assisté à l'audience, la juridiction gacaca du secteur Nyarugenge (Kigali) qui juge en révision l'ex-employé de l'ambassade a indiqué samedi, au cours du procès, que le témoin, Abdou Maniraguha, avait été suborné par la famille de l'accusé,

Il s'était ainsi rendu, deux jours avant l'audience, au domicile du président du jury pour tenter de le corrompre, a poursuivi ce tribunal gacaca.

Les gacacas peuvent, en cours de procès, sanctionner des témoins lorsqu'il est avéré qu'ils ont délibérément menti ou interféré dans le cours de la justice.

Rwabahizi, qui avait été condamné par contumace à 30 ans de prison, en 2007, est notamment poursuivi pour l'assassinat de Déo Twagirayezu, qui était chauffeur à la coopération française, pour les massacres de Tutsis à l'ambassade et à l'église de la Sainte Famille à Kigali, pour les assassinats de deux jeunes filles et pour pillages.

Samedi, il a une nouvelle fois clamé son innocence : « Je n'ai tué personne, ni Déo (Twagirayezu), ni à la Sainte Famille, ni ailleurs ; je ne peux même pas tuer une poule », s'est-il défendu.

Cette défense a clos les débats et le jugement a été mis en délibéré jusqu'à samedi prochain.

Rwabahizi, qui a conduit différents ambassadeurs de France au Rwanda de 1980 à 2006, a été arrêté le 12 janvier dernier par la police rwandaise, alors qu'il venait de rentrer de France où il avait suivi ses employeurs après la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays en 2006.

Il a aussitôt demandé un nouveau procès, un droit reconnu par la loi rwandaise aux condamnés par contumace.

Paris et Kigali ont renoué leurs relations diplomatiques à la fin de l'année dernière.

Inspirées des anciennes assemblées villageoises lors desquelles les sages réglaient les différends, assis sur le gazon (gacaca, en langue rwandaise), les juridictions gacacas sont chargées de juger les auteurs présumés du génocide, à l'exception des « planificateurs au niveau national » qui relèvent de la compétence des tribunaux classiques.

Perpétré par des extrémistes hutus, le génocide d'avril à juillet 1994 a fait, selon l'ONU, près de 800.000 tués, essentiellement des membres de l'ethnie tutsie.

SRE/ER/GF

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