Réunis à Bruxelles, les dirigeants des pays de l'Union européenne et d'Amérique latine ont tenté mardi de mettre en valeur leur rapprochement, mais des divergences sur la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine ont plombé leur premier sommet depuis huit ans.
Dans leur déclaration finale, les leaders ont exprimé leur "profonde préoccupation sur la guerre en cours contre l'Ukraine", sans toutefois mentionner Moscou. Même cette formulation a minima n'a pu être endossée à l'unanimité, le Nicaragua refusant de s'y associer.
La rédaction de ce communiqué, dans lequel les Européens tenaient à inclure une référence à l'agression russe, a suscité de longs pourparlers, avant et pendant ce sommet de chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE et de la Communauté des Etats latino-américains et des Caraïbes (CELAC) qui s'est tenu lundi et mardi dans la capitale belge.
"Ce sommet UE-CELAC a ressemblé à un nouveau départ entre de vieux amis", s'est félicitée la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. "Nous vivons une période de grands changements géopolitiques et des amis comme l'UE et ses partenaires d'Amérique latine et des Caraïbes doivent se rapprocher", a-t-elle dit.
Les dirigeants, dont le dernier sommet similaire remontait à 2015, ont convenu de se retrouver tous les deux ans. Le prochain rendez-vous aura lieu en Colombie.
Le président du Conseil européen Charles Michel a reconnu qu'il n'était "pas chose aisée" de mettre d'accord 60 pays sur des sujets comme la guerre en Ukraine. Mais "on a constaté que ce qui nous unit est probablement beaucoup plus fort que ce qui nous sépare", a-t-il assuré.
- "Bâtir des ponts" -
Lors d'une conférence de presse à l'issue de la réunion, le Premier ministre de Saint-Vincent et les Grenadines, Ralph Gonsalves, qui exerce la présidence temporaire de la CELAC, a minimisé l'omission de la Russie dans le texte final.
"Les positions sont réaffirmées (...) je ne vois pas ce que nous devrions faire de plus", a-t-il dit.
Des sources diplomatiques avaient aussi évoqué les réticences du Venezuela et de Cuba, autres soutiens de Moscou, à une mise en cause de la Russie.
Le président français Emmanuel Macron a estimé que dans les efforts pour aboutir à une déclaration, son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva faisait "partie de ceux qui permettent de bâtir des ponts".
Lula a dans le passé essuyé des critiques au sein de la communauté internationale en affirmant à plusieurs reprises que les responsabilités du conflit étaient partagées, même s'il a récemment condamné l'invasion russe. Son idée de former un "groupe de la paix" de pays neutres médiateurs du conflit avait été accueillie fraîchement.
Le Brésil s'est refusé à imposer des sanctions contre la Russie de Vladimir Poutine, des mesures qui selon Lula "pénalisent les plus vulnérables".
Le communiqué final affirme la "nécessité de respecter la souveraineté, l'indépendance politique et l'intégrité territoriale de toutes les nations".
De nombreux pays du Sud "font valoir qu'il existe d'autres conflits dans le monde et j'entends cela", avait commenté dans la matinée le Premier ministre irlandais Leo Varadkar.
"Ils disent que d'autres conflits dans le monde n'ont sans doute pas le même niveau d'attention que l'Ukraine, ou que certains pays ne sont pas cohérents dans leur approche des conflits", avait-il ajouté, tout en disant souhaiter une déclaration claire sur la guerre contre l'Ukraine.
Les pays latino-américains avaient indiqué avant le sommet qu'ils ne souhaitaient pas voir le sujet de l'Ukraine monopoliser les discussions au détriment d'autres priorités, espérant notamment faire avancer l'accord commercial entre l'UE et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay).
Sur ce point, Ursula von der Leyen s'est dite "confiante" de pouvoir finaliser les négociations sur cet accord de libre-échange "dans les prochains mois", pour conclure au plus tard "d'ici la fin de l'année".
Cet accord conclu en 2019 après plus de 20 ans de négociations complexes, n'a pas été ratifié en raison notamment des préoccupations européennes sur les politiques environnementales en particulier du Brésil. Lula a affirmé lundi que la défense de l'environnement ne pouvait "pas servir d'excuse au protectionnisme".
Des pays caribéens voulaient pour leur part intégrer dans la déclaration finale la question des réparations pour la traite des esclaves.
Les dirigeants ne s'engagent pas sur ce point mais "reconnaissent et regrettent profondément les souffrances indicibles infligées à des millions d'hommes, de femmes et d'enfants du fait de la traite transatlantique des esclaves", qualifiée de "crime contre l'humanité".
