Entre la Chine et le Japon, des relations gâtées par des discordes multiples

La querelle entre la Chine et le Japon à la suite du début du rejet en mer de l'eau de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima jeudi dernier marque un nouveau chapitre des discordes récurrentes entre ces deux pays voisins.

Voici d'autres grandes pierres d'achoppement entre Pékin et Tokyo, qui sont malgré tout d'importants partenaires commerciaux, en tant que deuxième et troisième puissances économiques mondiales respectivement.

- Contentieux historiques -

La Chine a été l'une des grandes victimes de l'expansionnisme japonais en Asie-Pacifique entre la fin du XIXe siècle et 1945.

L'armée japonaise a commis des atrocités après son invasion de la Chine dans les années 1930, dont l'épisode le plus connu est le massacre de Nankin en 1937, qui selon les historiens chinois a fait plus de 300.000 morts, sans compter d'innombrables autres exactions comme des actes de tortures et des viols massifs.

Les relations diplomatiques entre les deux pays se sont normalisées en 1972. Dans un communiqué commun, le Japon a abandonné sa reconnaissance de Taïwan, tandis que la Chine a renoncé à exiger des réparations de guerre de la part de Tokyo.

Cela n'a toutefois pas mis fin à leurs contentieux historiques, qui continuent d'empoisonner chroniquement leurs relations bilatérales, surtout avec la montée en puissance du nationalisme japonais depuis le début des années 2000.

Des dizaines de milliers de Chinois avaient ainsi manifesté en 2005 pour dénoncer le "révisionnisme nippon", une crise en partie provoquée par la modification au Japon de manuels scolaires d'histoire.

Pékin s'irrite aussi à chaque fois que des personnalités politiques japonaises de premier plan se rendent au sanctuaire de Yasukuni, au coeur de Tokyo, qui honore la mémoire des soldats morts pour le Japon depuis la fin du XIXe siècle jusqu'à 1945, mais aussi celle de responsables civils et militaires nippons condamnés pour crimes de guerre par un tribunal international après la Deuxième Guerre mondiale.

- Conflits territoriaux -

Des îlots inhabités en mer de Chine orientale, appelés îles Senkaku au Japon et Diaoyu en Chine, sont une autre source de crispation entre les deux pays qui revendiquent tous deux leur souveraineté sur ce territoire présentant un intérêt à la fois économique (ressources pour la pêche et possible présence d'importants gisements d'hydrocarbures) et stratégique.

Les incursions de bateaux chinois, civils comme militaires, se sont intensifiées depuis quelques années à proximité de ces îlots, des actions systématiquement condamnées par Tokyo.

Le Japon s'inquiète aussi énormément de la pression de plus en plus forte que la Chine exerce sur Taïwan, que Pékin considère comme une province rebelle destinée à revenir un jour dans son giron, de gré ou de force, alors que Tokyo entretient de très bonnes relations avec Taipei.

- Des alliances qui fâchent -

Le Japon est un étroit allié des Etats-Unis depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. L'archipel héberge de nombreuses bases militaires américaines, notamment dans le département d'Okinawa, le plus proche de la Chine et de Taïwan.

Cela nourrit la conviction de la Chine selon laquelle les Etats-Unis veulent l'"encercler" et la "contenir".

S'inquiétant de la montée en puissance militaire et des ambitions de plus en plus prégnantes de Pékin en Asie-Pacifique, le Japon s'est encore rapproché davantage des Etats-Unis ces dernières années, et les deux pays sont membres de l'alliance de sécurité informelle "Quad" qu'ils forment avec l'Australie et l'Inde.

Bien que doté d'une Constitution pacifiste depuis l'après-guerre, le Japon a adopté fin 2022 une nouvelle doctrine de sécurité pour se doter d'une "capacité de contre-attaque". Tokyo prévoit aussi de porter son budget de la défense à 2% du PIB national d'ici à 2027, contre 1% actuellement.

La proximité grandissante affichée entre Pékin et Moscou depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine l'an dernier a aussi encore un peu plus creusé le fossé entre Pékin et Tokyo.

Au niveau économique, le Japon applique depuis juillet des restrictions à l'export pour certains produits de son industrie dans les semi-conducteurs, à l'instar de mesures similaires déjà prises par les Etats-Unis et les Pays-Bas, et qui visent implicitement la Chine.

Et comme les autres pays du G7, le Japon cherche à davantage diversifier ses chaînes d'approvisionnement industrielles pour réduire sa dépendance envers la Chine.

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