Attaque du Hamas sur Israël: La France insoumise esseulée, la Nupes fragilisée

La Nupes survivra-t-elle aux dissensions internes exacerbées par la guerre au Proche-Orient? En renvoyant dos à dos le Hamas et le gouvernement israélien, La France insoumise s'est plus que jamais aliénée ses partenaires de gauche, en premier lieu les socialistes "dégoûtés" ou qui demandent des comptes.

Le patron du PS Olivier Faure, qui a toujours défendu l'union des partis de gauche, a estimé lundi que les déclarations de LFI "laisseront des traces", et exigé des "explications".

La veille, le député Jérôme Guedj (PS), autre grand avocat jusqu'ici de la Nupes, s'est dit "dégoûté" par les prises de position des Insoumis. Pire, il a jeté un pavé dans la mare, posant la question du maintien de son parti au sein de cette coalition.

Première action concrète: le groupe socialiste de la région Île-de-France a annoncé lundi "suspendre temporairement (ses) travaux en commun" avec les Insoumis, se disant "choqué par la position nationale du mouvement".

"Qu'est-ce qui relie la situation au Proche-Orient au conseil régional d'Île-de-France?", a réagi dans la foulée le député LFI et conseiller régional Paul Vannier.

Dans ce climat tendu, les députés de gauche se réuniront mardi pour la réunion hebdomadaire de l'intergroupe de la Nupes.

"Nous allons avoir une discussion franche et peut-être difficile, nous verrons bien", a indiqué à l'AFP le chef de file des socialistes à l'Assemblée, Boris Vallaud.

Depuis son communiqué initial, qui avait établi un parallèle entre le Hamas et la politique israélienne, la position du mouvement de gauche radicale s'est légèrement infléchie.

Dans un contexte extrêmement tendu, où chaque mot est pesé, le coordinateur du mouvement Manuel Bompard n'a toujours pas employé le terme de "terroriste" à l'égard du mouvement islamiste palestinien. Mais il a évoqué des "crimes de guerre" commis par les deux parties.

"C'est bien qu'il mette ces mots-là", note Cyrielle Chatelain, cheffe du groupe écologiste à l'Assemblée, qui parle d'"actes terroristes inqualifiables et injustifiables".

Comme beaucoup d'élus, elle refuse de se "regarder le nombril" et de s'avancer sur l'avenir de la Nupes, sujet trop dérisoire par rapport à la gravité de la situation au Proche-Orient.

- "Pas le sujet" -

"Ce que pensent MM. Guedj ou Faure de la question stratégique de la Nupes ne m'intéresse absolument pas. C'est dramatique de parler de ça aujourd'hui, ce n'est pas le sujet", balaie pour sa part le député apparenté LFI Aymeric Caron.

"La Nupes est un instrument, ce n'est pas une fin en soi. Je suis pro-Nupes mais ce n'est pas le Graal", rappelle l'élu de Paris qui se dit "engagé depuis de nombreuses années pour le respect des droits des Palestiniens".

Concernant les premières déclarations du groupe LFI et le changement syntaxique qui s'en est suivi, Aymeric Caron parle d'"un communiqué équilibré avec tous les éléments dont on disposait à ce moment-là".

Depuis, "on sait que des crimes de guerre ont été commis par le Hamas. Il est de notre devoir de les dénoncer. Personne dans notre groupe ne cautionne ce genre de choses", précise-t-il.

Le député LFI Rodrigo Arenas a lui appelé à "l'empathie". "La justesse et la justice des causes anticoloniales et du refus des oppressions perdent leur légitimité le jour où elles acceptent les massacres de civils et le terrorisme aveugle comme des stratégies militaires acceptables", écrit-il dans une lettre à son groupe politique, consultée par l'AFP.

Côté communistes, même si Fabien Roussel a bien évoqué une attaque "terroriste", le député du Nord s'est pour une fois gardé de porter des coups aux Insoumis, avec qui il entretient pourtant une relation très difficile.

"Se servir de tout ça pour instruire le procès de LFI, ce n'est pas à la hauteur, même si je ne sais pas ce qui leur est passé par la tête", soupire un responsable communiste, reconnaissant qu'il existe "historiquement des similitudes" sur la question palestinienne entre le PCF et LFI.

Chez les communistes, la question de l'avenir de la coalition ne semble même plus se poser: on a déjà basculé dans l'après.

"La gauche sous hégémonie LFI, c'est l'échec assuré. Contrairement à Guedj, on n'a pas attendu ces évènements pour défendre cette option", indique le responsable communiste.

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